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Soyez les bienvenus sur ce blog qui retrace mon périple d'une année et demie au Canada. J'espère qu'à travers celui-ci, vous pourrez découvrir en partie ce chaleureux et fantastique pays !
N'hésitez pas à partager l'adresse de ce blog, et tout commentaire ou suggestion sera bien évidemment plus que bienvenu.

Merci de votre visite, et bonne lecture !

Pour les amateurs de films, n'hésitez pas à visionner les vidéos que j'ai réalisées sur mon aventure canadienne !

24 mai 2012

Un premier contrat stable


Rick Duarte est un jeune fermier d’apparence discrète, mais montrant une certaine classe sociale aisée, à l’image de sa politesse omniprésente, de son élégance vestimentaire même lors de ses travaux fermiers, et de sa culture. L’homme est né de parents portugais ayant émigré au Canada et construit une exploitation de près de mille pommiers et cerisiers. Notre nouvel employeur en a hérité et a par la suite épousé une jolie Canadienne de la région de l'Okanagan, dont nous verrons rarement les traits, et enceinte de quelques mois d’un petit garçon. Il a également fait construire une charmante demeure dominant son exploitation, entourée d’un rempart de conifères.


La maison de Rick, sur les hauteurs

L'abri construit par Rick, lieu de convivialité
Les cerisiers, couvrant un tiers de son terrain fruitier, leurs drupes se récoltent généralement dès la fin du mois de mai, et ce jusque la fin de celui d’août. Le nombre de cerises par arbre étant considérable, Rick avait construit un abri pour les « pickers » restant travailler chez lui durant l’été. L’année précédente, nous dira-t-il, il en accueilli environ vingt-cinq. L’abri se devait donc d’avoir une capacité d’hébergement honorable. L’endroit est long de vingt mètres et large de cinq. Situé au rez-de-chaussée, il est ouvert sur le jardin par l’absence d’un mur. Il est doté d’un équipement doublé : deux douches, deux doubles WC, et deux cuisines dans la même pièce : deux plaques et deux fours, deux éviers face à face, deux frigidaires et un lave-linge. Seul apport obligatoire : une tente que l’on plantera dans le vaste jardin.  L’été, on imagine l’ambiance dégagée par les jeunes travailleurs se partageant ce lieu. Il doit y avoir des rires, des pleurs, de la joie, de la tristesse et de l’amour.


Notre habitation, au milieu des pommiers et cerisiers
Renato et moi-même sommes chanceux d’avoir pour nous deux cet agréable et convivial lieu et cet espace. Nous commençons donc à travailler dès le jour de notre rencontre avec Rick. Nous commençons par cueillir une variété de pommes nommée Spartan, ce gros fruit rouge vif, créé en 1926 à Summerland, une ville à moins de 100 kilomètres de là. Les arbres sont très élevés et larges, leur circonférence, branches inclues, atteint trente mètres. Mais ils fournissent énormément de fruits, rendant leur récolte rapide. Nous nous occupons du bas des arbres, Rick et son employé à plein temps prenant en charge la partie supérieure des pommiers, à l’aide d’une nacelle télescopique et roulante. La tâche est somme toute relativement simple : cueillir un maximum de pommes en les déposants dans des sacs fixés sur notre ventre. Lorsqu’ils sont remplis, il s’agit de marcher jusqu’à une benne et de les vider par le dessous. Quand le contenant est plein à son tour, il nous faut conduire le tracteur sur quelques dizaines de mètres et l’échanger contre un vide. Effectuant la manœuvre chacun notre tour, c’est là le plus excitant !

Le tracteur, une réelle récompense
Plus tard et dans les jours qui suivent, nous attaquons d’autres variétés de pommes. La Red  Delicious, grosse pomme rouge aux rayures foncées, molle et sucrée. La Gala, fruit parmi les plus répandu dans la vallée, croquante et rouge aux reflets jaunes. La Fugi, pomme rouge très sucrée, d’origine japonaise comme son nom l’indique. Et enfin, la  McIntosh, variété découverte en 1811 en Ontario, province abritant la capitale du Canada, Ottawa. Cette pomme épaisse et rouge, tendant vers le bordeaux, juteuse et savoureuse, fait notre bonheur : pour un sac rempli, une pomme mangée. Et avec un débit de vingt à trente sacs quotidiens… Comme dit le proverbe, « one apple a day keeps the doctor away ». Et quid de celui qui dit « Thirty apples a day opens the toilet’s door » ?














Renaud TEILLARD

8 mai 2012

Le "picking" de pommes commence

La verdure au milieu du désert
Quelques semaines après notre arrivée dans l’Ouest canadien, et après cette première expérience dans la cueillette de piments et poivrons, nous voilà en quête d’un autre type de récolte : celles des pommes. Et les producteurs du Malus Pumila, fruit parmi les plus consommés du monde moderne, ne chôment pas dans la région. Il suffit de rouler sur la route principale pour se rendre compte de l’importance de cette industrie, au regard du nombre de vergers. Les modestes fermiers et les grandes exploitations se partagent le paysage.




Notre premier employeur dans les pommes
Pour prendre contact avec d’éventuels employeurs, l’expérience montre le succès du démarchage à domicile. Nous prenons donc notre Chrysler Intrepid pour aller directement à leur rencontre. Nous trouvons rapidement un fermier nous proposant de l’aider à récolter ses dix rangées de pommiers. Eduardo est d’origine portugaise, et étudia dans sa jeunesse dans une école d’ingénieurs, avec un échange d’une année dans une université de l’Est de la France. Ayant eu une opportunité d’emploi dans notre beau pays, l'homme y renonça, sachant le futur que son rêve lui offrait en Okanagan. Il réussit donc à s’installer dans cette région quelques décennies avant notre arrivée,  et planta trois variétés de pommes, ainsi qu’une vigne lui promettant une récolte personnelle très honorable. Durant trois jours, nous partageons notre temps entre la cueillette et les fréquentes discussions avec cet intéressant exploitant au train de vie aisé et visiblement heureux de ses réalisations personnelles et professionnelles. Mais cette expérience nous offre d’avantage un enrichissement personnel qu’une augmentation significative de notre capacité financière, la tâche étant rendue ardue par la particularité de sa plantation, par son exigence et par notre manque d’expérience en la matière. Quelque peu frustrés par ce premier contrat, nous en tirons les conséquences, et repartons motivés en recherche d’une seconde expérience.


Première expérience de "picking". Et en gants blancs, s'il vous plaît !

Nous réempruntons donc les routes de la région Sud de l’Okanagan et repartons à la rencontre des fermiers. Après en avoir vu quelques un sans succès, nous empruntons les routes sur les flancs des collines entourant la vallée. L’altitude nous offre une vue splendide : les montagnes désertiques entourent la luxuriante végétation permise par les exploitations des fermiers, telle la vallée du Nil et son filet de verdure au milieu du désert. Absorbés par ce paysage, nous en perdons notre chemin, roulant au pas au milieu des vergers, en quête de quelque indice qui nous donnerait une vague destination. Venant du sens opposé, nous voyons s’approcher un quad, conduit par un jeune quadragénaire. Nous arrêtons notre avancée et lui demandons notre chemin, et par la même occasion s’il connaît un producteur de fruits proche. Nous répondant qu’il tient lui-même son exploitation, nous lui demandons alors s’il recherche de jeunes gens motivés. Après une courte hésitation, il nous propose de le suivre chez lui pour discuter. Très rapidement, et notre origine européenne aidant, il nous offre un contrat de travail de trois semaines, rémunéré à l’heure. Il nous apprendra que plus tôt dans la matinée, deux personnes lui avaient téléphoné, et à qui il avait proposé notre poste. Les travailleurs avaient promis de se rendre chez lui dans le quart d‘heure suivant. Mais deux heures avaient passé lorsque nous nous étions présentés, et il avait alors décidé de changer ses plans. De surcroît, le fermier nous présente instantanément le lieu où nous pourrons rester, immédiatement  et gratuitement : une charmante construction équipée de deux douches, deux cuisines et deux WC… Ce jour-là, la chance a visiblement décidé de jouer en notre faveur !










Renaud TEILLARD

26 avr. 2012

Premier salaire britano-colombien



Notre travail quotidien
Une première semaine de labeur physiquement éprouvante se déroule lentement, pendant laquelle nous  remplissons quotidiennement une à deux tonnes de poivrons, de piments serranos et jalapeños. Ce sont ces derniers qui génèrent une grande partie du chiffre d’affaire de l’exploitation de Mr Gill. En effet, originaires du Mexique, ils sont extrêmement prisés dans l’industrie de la restauration de l’Amérique du Nord toute entière : on les retrouve même dans les plus grandes chaînes de fast-food, où de nombreux mets sont indiqués comme utilisant ce légume (le Mac Bacon & Jalapeño par exemple.) Fait amusant, le jalapeño est le premier piment à avoir voyagé dans l’espace, envoyé par la NASA. Sûrement voulaient-ils… donner du piment aux missions galactiques. Autre fait qui m’a beaucoup fait rire : la difficulté pour les anglophones de prononcer la Jota, transformant le J en H. Ou quand le Jalapeño devient le HHHalapeños…


Un Punjabi en Okanagan
Pendant ce temps, nous sommes seuls dans les champs, mis à part le beau-père de Mr Gill, un Indien du Punjab à la longue barbe grise, à la tunique blanche, au turban orange et avec une maîtrise de l’anglais proche de celle du Français moyen. Pendant un temps, le seul mot qu’il utilise est « Baketa .» Nous réalisons quelques jours plus tard que le terme utilisé est en fait « bucket » (un seau.) Mais avant, pensant trouver ici une quelconque parole indienne de politesse, nous l’utilisons chaque fois pour le saluer. Par la suite, lorsque je lui demande son nom, il me répond : « mmh. Baketa ! » Très bien… Bonjour, Seau ! Quelques jours plus tard, nous découvrons l’immensité de son savoir lorsqu’il nous montre le véhicule utilisé pour emporter les bennes pleines, en s’exclamant « tRRèktRR » Fantastique, nous venons d’apprendre un deuxième mot du Punjab !


Lors de cette expérience riche en piments, nous rencontrons également Pedro, un Mexicain employé à plein temps dans l’exploitation. Celui-ci, est responsable de la récolte de nos bennes, soulevées par son splendide tracteur bleu et emportées vers le bâtiment principal de S&G Farm. Extrêmement sympathique et souriant, plaisantant sans cesse, il nous apprend beaucoup sur son pays et sur la région de l’Okanagan. Néanmoins soucieux de la qualité de notre récolte, il ne tarit pas de commentaires : « Nooo ! Too muuuuch ! Garbaaage ! You know, my boss ! »

Notre ami Pedro
Une semaine après nos débuts en tant que cueilleurs, mon ami Renato et moi-même commençons à rechercher un véhicule. En effet, la chance qui nous avait offert un premier travail à moins de 4km de notre campement ne se reproduira sans doute pas. Et nous savons l’étendue de la région. Un bolide nous sera indispensable dans notre prospection de contrats temporaires, pour nous rendre sur nos futurs lieux de travail, et pour nous promener dans cette région qui semble promettre des paysages fantastiques. Nous mettons donc rapidement en quête dans les environs, et en demandant à la grande majorité des gens que nous rencontrons, ce qui tourne presque à l’acharnement. Nous rencontrons dans une station essence Seven Eleven Raphaël, un jeune Québécois lui aussi « picker », qui nous explique vouloir troquer sa voiture contre un minivan. Il accepte finalement de nous vendre sa voiture, un rutilante Chrysler New-Yorker, longue et large, aux sièges de velours, tels qu’on en voit conduites par les gangsters des films américains. Et le prix est plutôt agréable : seulement 500$. Mais, nous prévient-il, vous devrez apporter une légère réparation de l’ordre de 100$... L’expérience d’un certain van nous rend immédiatement très méfiant, même si l’homme nous propose de faire la réparation lui-même et semble sincère.


The shadow car
Et c’est finalement notre premier boss qui nous vendra sa voiture, une splendide Chrysler Intrepid blanche de 1997 : V6 sport, boîtier automatique, contrôleur de vitesse, une pure merveille pour seulement 1.000$ Nous profitions de notre première paye, en liquide et non déclarée, pour en faire l’acquisition. Un léger détour par l’unique compagnie d’assurance de la ville d’Oliver, et l’engin est nôtre. Nous apprendrons plus tard que le modèle était dix ans plus tôt l'un des plus utilisés comme voiture fantôme, ces bolides conduits par des trafiquants roulant le plus vite possible pour ne pas être attrapés par les forces de police. Liberté, nous voilà !








Renaud TEILLARD

4 avr. 2012

Histoire de l'Okanagan


Des membres d'une tribu de l'Okanagan
La vallée d'Okanagan, dans laquelle je serai resté plus de deux mois, se situe dans la province de la Colombie-Britannique. A 350 kilomètres à l’Est de Vancouver (au-delà de la chaîne montagneuse Columbia), à 150 kilomètres à l’Ouest des Rocheuses Canadiennes, elle est limitrophe de l’État américain de Washington. La région telle que connue actuellement date d’environ 10.000 ans. A la fin de l’ère glaciaire, lorsque les grands glaciers se retirèrent, ces derniers laissèrent dans leur sillage de vastes dépôts de gravier, de sable et de limon, offrant une terre riches en alluvions pouvant aisément permettre une agriculture raisonnable. Un immense lac glaciaire laissa peu à peu sa place à un immense chapelet de lacs, dont la superficie du plus grand correspond à 60% de celle du Lac Léman (soit 351 km²) bien que plus étendu. Il fut nommé Lac d’Okanagan, en référence à la première tribu établie sur ses berges. Le terme, Ukwnaqin en Salish, signifie « lieu où il y a de l’eau ». Ces Amérindiens étaient de redoutables chasseurs de cerfs et de caribous, et parfois de chamois et d'ours, et des pêcheurs chevronnés. La richesse de la faune de l'Okanagan permettait à cette tribu d'être bien moins nomade que ses semblables. En conséquences, elle se permettait de construire des abris fixes, majoritairement des « pit houses » ou maisons en fosse, érigées en creusant un trou de un à deux mètres dans le sol, recouvert de branchages et de peaux en guise de toit. Ces Indiens vécurent en autarcie quasi totale jusqu’à la conquête de l’Ouest canadien par les Occidentaux.


Exemple de "pit-house"

Emplacement de la vallée de l'Okanagan, en rouge
Ce fut en 1811 que le premier « visage-pâle » entra en contact avec les natifs. Il s’agissait de David Stuart, un marchand de fourrure écossais. Son cousin, employé à la Compagnie de la baie d’Hudson, ouvrit trois ans plus tard la première route commerciale. Celle-ci fut plus largement utilisée à partir de 1850 par les mineurs puis les missionnaires qui fondèrent la ville de Kelowna, aujourd’hui principale commune de la région. On commença par élever du bétail, industrie restant durant des années comme la plus rentable de la région. Puis on se mit à cultiver fruits et légumes. Parmi les premiers vergers canadiens, nombreux furent ceux qu’importèrent les Européens. Dans l’Ouest du pays, la Compagnie de la Baie d’Hudson planta les premières graines de pommier dans la région de Vancouver (1826.) Trente ans plus tard, les premiers vergers furent plantés dans la région de l’Okanagan. Et dans les années 1930, la première fabrique de vin fut implantée, et avec elle des technique d’irrigation pouvant permettre une culture à grande échelle, et qui put ainsi résister aux températures et à la sécheresse de la région.

Il convient ici de signaler que le Sud de la vallée constitue l’extrémité Nord du désert mexicain semi-aride de Sonora, reconnu pour ses immenses cactus pouvant atteindre quinze mètres de hauteur et son altitude élevée permettant l’installation de nombreux observatoires. Cette présence désertique confère à la ville frontalière d’Osoyoos  le statut de municipalité la plus chaude et sèche du Canada. On retrouve ainsi dans la vallée une faune et une flore unique dans le pays : serpents à sonnette, scorpions et lézards érigent leur habitat au milieu des cactus et autres plantes de désert.

La plus grande concentration de vignobles au Canada

Très rapidement, l’industrie fruitière connut un essor hors du commun. A la fin du XIXè siècle, le Coldstream Ranch faisait déjà partie des plus importants producteurs de l’Empire Britannique. Puis l’importance de la culture grandit encore d’avantage avec l’arrivée du chemin de fer en 1886. Et par la suite l’industrie vinicole, notamment grâce à l’importation de plants français, devint le moteur économique de la vallée d’Okanagan. Aujourd’hui, Oliver bénéficie du statut de ville ayant la plus grande concentration de vignobles au Canada.








Renaud TEILLARD

20 mars 2012

Premier jour de labeur dans l'Okanagan

Il est 5h15, et l’alarme nous extirpe brutalement d’un sommeil qui aurait mérité de gagner en durée. Mais la vie est telle qu’elle nous impose parfois quelque sacrifice. Nous disposons de trois quarts d’heure afin de nous préparer pour une journée qui s’annonce encore merveilleuse.

Un petit-déjeuner à l'aube au coin du feu

 Au menu du petit-déjeuner, du café dans des gobelets en plastique et des biscuits. Et rien de tel qu’un bon feu de bois pour chauffer l’eau du café, ce qui nous permet également d’obtenir une lumière « naturelle » venant éclaircir un matin encore assombri par l’obscurité. Un peu d’énergie procurée par nos gâteaux secs avant de prendre le chemin du travail, et nous voilà partis.


Le pouce... Mythe, ou réalité ?
Notre journée commence par une longue marche que nous annonce l’absence persistante de véhicule sur l'autoroute 97 (appelée ainsi bien que ne comportant qu'une unique voie par sens...), mettant peu à peu fin à notre espoir de rencontrer une âme bienveillante qui accepterait de nous prendre en auto-stop. Très heureusement, l’exploitation où nous nous rendons est située à seulement quelques kilomètres de notre campement, nous permettant ainsi d’arriver à l’heure prévue, et Dieu sait quelle importance est réservée à la ponctualité dans un monde où le temps prend une place considérable. Nous rencontrons Gill, le propriétaire de S&G Farm. L’homme est arrivé dans la vallée vingt ans plus tôt avec son épouse, en provenance de l’Inde, et a racheté ce terrain à l’un des très nombreux Portugais présents à l’époque. En effet, dans les années 1950, l’immigration portugaise fut massive dans le sud de la région, les Portugais fuyant la pauvreté, le chômage et la répression politique instaurée par le régime totalitaire de Salazar. Ceux-ci, en provenance majoritaire des Açores et de Madère, s’installèrent pour une partie dans la vallée d’Okanagan et contribuèrent largement au  développement de l’industrie fruitière. A partir des années 1980, de nombreux Indiens, pour la plupart d’origine Punjab, s’installèrent à leur tour et prirent possession des exploitations en vente.

L'exploitation de piments
Notre premier employeur de la province nous présente donc brièvement notre objectif, et le réveil nous extirpe d'. Celui-ci sera de récolter des piments et d’effectuer un tri sélectif des meilleurs fruits, et nous explique comment il nous rémunèrera : à la quantité, comme ce à quoi nous nous attendions. La tâche s’annonce agréable : le paysage est fantastique, le champ étant entouré de montagnes arides ; personne n’est sur place pour contrôler notre travail, nous assurant ainsi une grande autonomie ; et par-dessus tout, le temps est plus que clément, le soleil ayant chassé tout nuage du ciel azur. En conséquence, la température augmente considérablement au fur et à mesure que les heures passent. A 9h du matin, nous sommes ainsi obligés de retirer une partie de nos vêtements, nos corps n’étant point habitués au travail en plein air. L’occasion de faire une pause bien méritée.  Deux heures plus tard, la chaleur s’est intensifiée et la tâche s’avère plus difficile. Là aussi, la pause s’impose. A treize heures, le soleil se fait de plus en plus imposant, impression accentuée par la lourdeur de l’humidité. Accroupis au milieu du champ, nous cueillons piment après piment depuis 6h. Et c’est à ce moment précis que la faim fait son apparition, nous rappelant que notre sac est vide de victuailles, la seule nourriture que nous ayons ingurgité depuis le début de la matinée étant des barres céréalières agrémentées de piments… Écoutant notre estomac et nos corps fatigués, nous décidons de nous en arrêter là pour la journée. La récolte est plutôt légère : 3 bennes remplies, soit environ 750kg au total, ce qui nous fera 135$ à nous partager. Nous allons donc prévenir le « boss » de notre départ, et en profitons pour négocier notre rémunération à la hausse, compte-tenu du temps passé pour remplir une benne, qui est bien supérieur à ce qu’il nous avait annoncé. Nous obtenons gain de cause, avec un tiers de plus.
Gagner de l'argent à la sueur de son front

Très satisfaits de cette première journée de labeur intensif, et l’après-midi ne faisant que débuter, nous décidons de nous rendre en ville pour nous restaurer tout d’abord, et visiter ensuite. Mais le pouce, tant célébré par les Canadiens, ne porte pas ses fruits aussi facilement que ce que nous espérions, puisqu’il nous faudra près d’une heure et demie pour trouver preneur. En effet, les auto-stoppeurs sont loin d’être rares dans la région, et les automobilistes ne sont plus apitoyés. Nous arrivons enfin à Oliver sur les coups de quinze heures, le ventre serré par la faim. Nous choisissons de nous installer au premier restaurant qui nous tend les bras. Il s’agit d’un Fish & Chips, qui nous promet un repas digne des plus grands rois. Jamais l’attente d’un plat ne m’aura paru aussi longue. Les effluves du poisson grillé et des frites dorées me parviennent jusqu'aux narines que je dois rapidement boucher avant de succomber au supplice. Et lorsque cette nourriture m’est servie, je me force de ne pas tout avaler en une bouchée… Mais le festin tient sa promesse ! J’apprendrai par la suite que nombre de « pickers » passent par ce restaurant pour célébrer leur premier jour de travail ou leur première paye. Et ça vaut son pesant d’or !








Renaud TEILLARD


5 mars 2012

First day in the Okanagan Valley


Le lac d'Okanagan vu du ciel
Six heures de trajet en autocar sont nécessaires pour nous rendre dans cette petite ville d’Oliver. Cette dernière fait partie de la vallée d’Okanagan, dominée par le lac du même nom, au cœur même des Rocheuses. Long de plus de 110 kilomètres et large d’environ 10 km, cette étendue d’eau offre une terre des plus cultivables en Colombie Britannique (BC). La ville principale, Kelowna, est située pour la partie principale en plein milieu de la rive Est du lac et compte plus de 106.000 habitants. Fondée en 1859 par des religieux français qui y installèrent une mission, elle est aujourd’hui la troisième ville la plus importante de la province et bénéficie d’un développement sans pareil, notamment grâce à son climat exceptionnel : chaque année, seulement 300 millimètres de pluie, 1 mètre de neige et pas moins de 2.000 heures d’ensoleillement (soit près de la moitié du temps.)  Elle est surnommée par certains la Beverly Hill du BC en raison de son urbanisme, composé de modernes centres commerciaux et buildings rarement élevées,  de maisons basses et entourées de gazon anglais bien entretenu, et de véhicules clinquants et tape-à-l’œil. Nombre de ses habitants semblent également être de riches résidents promenant leurs minuscules chiens au bout d’une laisse ou dans leurs bras, habillés de survêtements roses et portant d'énormes lunettes de soleil dorées, et en prétendant faire de la marche sportive.
East Kelowna
Indépendamment de ce dernier détail qui, je tiens à le préciser, n’est qu’une impression personnelle, la ville de Kelowna est connue au Canada comme étant la plus riche de la vallée en vergers de toutes sortes, dont les fruits transitent jusqu’à Vancouver, vers les États-Unis d’Amérique et les autres provinces du pays. Chaque fruit a sa saison de récolte, et chaque mois de l’année à sa cueillette, mis à part les trois mois hivernaux. Pendant les périodes froides, au début du printemps et à la fin de l’automne, on cultive par exemple les raisins gelés pour en faire du vin de glace. Dès la fin avril et jusqu’au milieu de l’été survient le temps des cerises. A partir du mois d’août et jusqu’à l’automne, la cueillette des poires, des pêches, des prunes et en particulier des pommes bat son plein. Dès septembre, place aux vendanges. C’est là que les vergers sont les plus rentables, au regard du prix du produit fini : compter au minimum 10$ pour une bouteille de vin.


C’est précisément pour cette période que je me rends dans ce coin reculé du pays. Mais en ayant discuté avec plusieurs habitués de la cueillette, je me suis fait conseiller de ne pas me rendre à Kelowna en raison de sa taille. Ainsi, pour me déplacer de ferme en ferme, j’ai prévu d’utiliser mon pouce à outrance. Une ville plus petite serait donc plus judicieuse, et je choisis Oliver, petite ville quasi frontalière des États-Unis.
Le monstre Ogopogo qu'abriterait le lac d'Okanagan
La partie sud du lac d'Okanagan
 Nous arrivons au début de l’après-midi, sans aucune autre adresse que celle du Workzone. La taille de la ville étant si petite que trouver l’office du travail n’est pas la tâche la plus ardue. Le bureau propose des offres d’emplois, saisonniers ou à long terme, dont des dizaines dans le « fruit picking ».  Nous appelons quelques fermes via les annonces affichées, qui nous demandent tous de les rappeler le lundi suivant. Nous décidons alors de chercher directement des numéros de téléphone dans les Pages Jaunes. Le premier fermier que nous contactons nous demande de venir le lendemain à six heures trente pour commencer à travailler. Et nous nous rendrons compte par la suite que la meilleure façon pour trouver un emploi est de nous promener de ferme et ferme et de discuter avec les fermiers.







Le problème du travail étant résolu, il ne nous reste donc plus qu’à trouver un camping. Là encore en discutant avec les habitants de la ville, les Oliviers (quel drôle de nom), on nous apprend l’existence d’un camping situé à 7km au Nord de la ville, où la nuit est tarifée 5$, la semaine 25$ et le mois 75$. C’est là que débute notre aventure de « pouceux », comme ils disent au Québec. Dix minutes après avoir commencé à tendre bêtement le bras,  une magnifique Jaguar, noire et rutilante, s’arrête devant nous. Au volant, une grande et belle blonde pulpeuse, habillée à la manière des Sixties et portant la haute coiffe en chignon de l’époque. La femme, appelée Loulou, nous explique être chanteuse de cabaret et donner une représentation le soir-même sur le thème des années soixante. A notre grand étonnement, nous apprenons qu’elle est l’épouse d’un jeune pasteur actuellement en mission en Thaïlande Au fil de la discussion, elle nous invite à venir dîner chez elle la semaine suivante. Fantastique, nous disons-nous, à peine une heure après notre arrivée, nous avons déjà trouvé un emploi, un logement et une amie !





Loulou nous dépose donc au bas d’une côte au sommet de laquelle se trouve le Loose Bay Campground, possédé par un Québécois appelé Yvon. Nous plantons donc notre tente, puis faisons connaissance avec nos voisins autour d’un généreux feu de camp. Nous rencontrons ainsi Cristal, jeune et sympathique Montréalais de 18 ans ayant effectué la traversée du Canada en sautant à l’arrière des trains de marchandises, et venu passer l’été à travailler ici et là ; Gus, un punk Québécois d’une trentaine d’années, couvert de cicatrices aux bras, accompagné de deux Huskies beiges, très énergique et territorial au premier abord, et qui deviendra par la suite celui avec qui nous discuterons le plus (sûrement car nous sommes ses voisins directs) ; Tom, un canadien anglophone d’environ quarante-cinq ans, portant une longue barbe et une casquette rouge et usée, roulant dans une vieille Chrysler grise dont l’état ne permettrait que de parcourir de faibles distances.

Un évier de fortune
Passés les coups de neuf heures, harassés par la longue nuit précédente à Vancouver et la courte nuit dans le car, le sommeil nous oblige à écourter la soirée pour laisser Morphée nous amener au lendemain, qui se promet sûrement de révéler de nouvelles et riches aventures.








Renaud TEILLARD

23 févr. 2012

Arrival in Vancouver


Les plaines du centre du Canada
Près de 6 mois avaient passé depuis mon arrivée à Montréal. Le Canada offrant bien plus de richesses que le seul Québec, il était temps pour moi de quitter cette province et de partir à la conquête d’autres contrées. Ainsi, le dimanche 4 septembre à 7h55, un jet de la compagnie Air Canada Jazz décollait de Montréal, avec moi à son bord. L’engin effectua son ascension pendant une dizaine de minutes, puis stagna à peine quelques instants au-dessus des nuages, avant d’entamer sa descente vers notre escale, Ottawa. Le vol n’aurait à peine duré que 19 minutes, pour un transit de 2h… Record pulvérisé ! Le voyage vers l’Ouest canadien durerait quant à lui près de 6h. C’est incroyable de se dire que tant de temps de vol est nécessaire pour un trajet au sein d’un même territoire… Mais après tout, le Canada n’est simplement que le deuxième pays le plus vaste au monde ! 

L'une des vallées vues de l'avion
Les Rocheuses dans toutes leur splendeur
Passées les provinces de l’Ontario, du Manitoba, du Saskatchewan et de l’Alberta, nous entamâmes le survol de la Colombie Britannique et de l’impressionnante chaîne de montagnes que constituaient les Rocheuses. Au-dessous de nos pieds s’étalait un fantastique décor fait de montagnes qui s’élevaient à plus de 3800 mètres de hauteur, sur une largeur de plus de 1000 kilomètres. Au milieu d’entre elles, je pouvais contempler d’innombrables lacs tous plus bleus que le ciel, rappelant les eaux turquoises entourant les îles du Pacifique, et des vallées offrant de richissimes ressources en terres arables. Le paysage était magnifique, d’autant plus que je m’attendais à rester un mois au moins au sein de l’une de ces vallées.

Il était 15h heure locale lorsque j’atterris à Vancouver, cette agglomération de plus de 2 millions d'habitants. J’empruntai le Skytrain pour me rendre dans le Downtown et l’auberge que j’avais trouvée sur Internet. Dès mon arrivée dans le centre-ville, je fus subjugué par la beauté du lieu. Une ville des plus propres, extrêmement moderne au regard des tours faites de verre bleu, entourée par les montagnes et les pieds dans le Pacifique offrant des plages moins impressionnantes que la brésilienne Copacabana mais tout de même agréables. Elles possédaient de surcroît des noms assez recherchés : First Beach, Second Beach, Third Beach, et je vous laisse deviner les suivantes…

Le Downtown et la marina vus du Parc Stanley

La chambre à notre arrivée...
The American Backpacker, l’auberge dans laquelle je m’installai, était située sur Pender Street West, au coin avec Homer Street, non loin du Chinatown. Le troisième quartier chinois le plus important d'Amérique du Nord proposait quelques supermarchés me permettant de me ravitailler en nouilles, beignets de crevettes, soupes et autres mets asiatiques à bas prix. Les tarifs de l’auberge, quant à eux, n’étaient pas non plus des plus élevés, avec seulement 10$ pour une nuitée en dortoir de 6 lits. Conformément à son prix, l’endroit n’était pas des plus salubres. Les plafonds étaient généreusement fissurés, certaines portes ne fermaient plus, les matelas offraient de cruels massages avec leurs vieux ressorts pendant le sommeil, le balai ne semblait pas être passé très régulièrement sur le sol en linoleum craquelé et bosselé, et mes camarades de chambre  n’étaient pas les plus ordonnés qui soient. Néanmoins, comme tout endroit sur terre, ce n’est pas le lieu mais les hommes qui le peuplent qui font l’impression. Et j’y rencontrai bien des gens sympathiques, joviaux et intéressants. Des Québécois revenant de la cueillette des fruits dans la vallée d’Okanagan, un jeune couple de Français installés à Toronto (en Ontario, dans la partie Est du Canada) en visite de la côte Ouest de l’Amérique du Nord, un Argentin coincé à Vancouver pour avoir perdu son passeport dès son arrivée à l’aéroport, et de très nombreux Asiatiques. La ville en était en effet peuplée, à tel point que l’on aurait aisément pu la comparer à n’importe quelle ville moderne d’Asie. Ainsi, lorsque je sortis pour la première fois du SkyTrain, la rue était fermée car avait lieu un festival japonais dont le nom se rapprochait de Li-Tsi, Ji-Tsu ou Tu-Tsi. Je me tournai vers mon ancien colocataire et copropriétaire du van, qui m’accompagnait dans ce périple, et lui demandai : « mais dis-moi, Renato, sommes-nous arrivés par mégarde jusqu’à Hong-Kong ? » Par ailleurs, certains surnomment même la ville Hongcouver. 



Le Chinatown de Vancouver
Ayumi et ses chefs d'oeuvre de calligraphie


A l’auberge, les Japonais surpassaient de bien loin toutes les autres nationalités par leur nombre. Je rencontrai ainsi Mao et Ayumi, deux jolies puéricultrices âgées respectivement de 23 et 29 ans, la dernière nommée nous faisant partager ses connaissances en calligraphie japonaise et chinoise ; Zac, un jeune voyageur énergique en quête d’aventures au travers du Canada ; Dao, un jeune travailleur en transit bientôt de retour au pays du soleil levant, et bien d’autres avec qui nous passèrent du bon temps. La grande majorité, à mon plus grand étonnement, venaient tout droit de Tokyo.



Un vendeur de hot-dogs urbain
Le Parc Stanley
Je passai ainsi trois jours à Vancouver, à me promener le long des rues du Dowtown (apparemment très inspiré de l'urbanisme de San Fransisco) et de ses tours futuristes, de la marina emplie de yachts tous plus clinquants les uns que les autres et faisant face à la barrière montagneuse des Rocheuses, ou du Parc Stanley situé sur la péninsule Nord du centre-ville (troisième plus grand parc urbain d'Amérique du Nord) et regorgeant d’oiseaux en tous genres. J’eus même la chance de profiter du spectacle incroyable d’un pêcheur vidant ses poissons et donnant nonchalamment les restes à quatre phoques, au beau milieu du port. Puis j’appelai le Workzone d’Oliver, petite ville située dans le Sud de la vallée d’Okanagan, à 400 Km à l’Est de Vancouver. L’Office de Travail m’informa que le travail ne manquait pas. Nous décidâmes donc, avec mon compagnon de voyage, de réserver deux billets de bus pour le surlendemain. L’heure de départ était fixée à 6h. Pour s’offrir une aventure supplémentaire, nous décidâmes de ne pas payer la nuit à l’auberge et de veiller jusqu’au départ. Nous fîmes nos bagages et attendîmes donc toute la nuit, en compagnie des irréductibles somnambules de l’American Backpacker, avec qui nous passèrent une nuit endiablée entre les bars du quartier et le salon de l’auberge. L’heure du départ sonna enfin, et nous nous rendirent à la gare d’autobus de la compagnie Greyhound. A peine le véhicule démarra-t-il que je m’endormis, rêvant aux futures aventures que j’allai vivre. Et Dieu seul savait à quel point je ne serais pas déçu…


Ceux qui nous aidèrent à "patienter" pour le bus
Vue depuis la marina vers le bras de mer Burrard Inlet









Renaud TEILLARD

7 févr. 2012

Montreal Video

Le Québec restera gravé à tout jamais dans ma mémoire comme une partie du monde anglophone tout à fait hors du commun, où l'authenticité des gens et des lieux s'associe à merveille à une modernité et un progrès social exemplaire. J'y ai passé la moitié d'une année, et une chose est sûre : j'y retournerai, dans un futur plus ou moins proche.

Profitez maintenant de cette vidéo sur ces 6 premiers mois, qui resteront pour moi un souvenir inoubliable. 





Renaud TEILLARD

27 janv. 2012

Le parler québécois et les sacres

Au Québec, on s’aperçoit rapidement des très nombreuses différences de vocabulaire d’une part, et dans l’utilisation de certains mots d’autre part. On s’y perd même bien souvent. L’une des premières choses qui m’a frappé en arrivant, c’est le doublon du « tu » dans les interrogations : « tu veux-tu me donner le sel ? », « tu vas-tu bien ? » ou « t’as-tu une smoke ? » Cela devient même déstabilisant quand on vous dit « on vas-tu là ? »

J’ai dressé ci-dessous une courte liste d’expressions ou de mots que j’ai souvent entendus ici. J’en utilise moi-même quelques-uns de manière spontanée lorsque je discute avec des Québécois, notamment dans le café où je travaille.

Capoter (j‘ capote) = je n’en peux plus (dans l’extrême)
C’est capoté / c’est débile / c’est écœurant = c’est un truc de fou, c’est incroyable

Pogner = prendre (je m’suis faite pogner par la police, je pogne mon bicycle)
Vous remarquerez le « faite » même au masculin. On féminise en fait quelques mots très usuels. Au restaurant, par exemple, au lieu du « ce sera tout ? », on vous demandera « ça va être toute ? » On dira également « qu’est-ce j’ai faite d’mes clés? »

Pantoute = pas du tout (j’sais pas pantoute.) Le mot vient de « pas en tout », là aussi avec le « toute. »

Cogner des clous (avec la tête, visualiser l’expression) = piquer du nez

Péter une coche = péter un plomb, enrager

Douche bag = injure pour quelqu’un de con et prétentieux

UNE job (« à ma job ») et « ça fait la job » = ça fait l’affaire

J’suis poche = je suis bête

Niaiser = taquiner

C’est correct (prononcer correc’) = tout va bien (T’es-tu correc ?)

C’est beau = c’est bon, ça va

Frette = froid

Drette = droit

Faire le party / aller à un party (prononcer parté) = faire la fête

Il mouille = il pleut

Mettre l’épaule à la roue = mettre la main à la poche

Cruiser = draguer

Chum = mec (on peut également dire mon chum par affection -  « ça va mon chum ? »)

Ami = ami (si une fille dit mon ami, c’est bien son ami, et pas son petit-ami)

Blonde = petite amie ou femme

Chick = une belle nana

Une liqueur = un soda

Un trio = un menu

Le dépanneur = l’épicier (qui livre à domicile gratuitement et dans le quart d’heure, si on l’appelle.)

C’est chill / je chill / c’est ben l’fun = c’est délirant, je m’amuse beaucoup

Une broue = une bière

Déjeuner, dîner, souper = petit-déjeuner, déjeuner, dîner

Piasses = dollars, sous = centimes

Barré = fermé

Tiguidou = d’accord, c’est ok

Plate = c’est mauvais / triste (Tu as perdu tes clés ? C’est plate !)

Les gosses = les 2 parties intimes et rondes de l’homme. Attention donc à ne pas dire : « ce matin, j’ai joué avec mes gosses »…

Gossant = énervant

Quétaine = laid, cheap, hasbeen

Les foufounes = les fesses (mot enfantin)

Epais = lourd, con (il fait des jokes plates, yé ben épais)

Fin = drôle, sympa

Chaud = saoul (je suis chaud, là)

Barniques = lunettes

Les beus = les policiers

C’est un bon jack = c’est quelqu’un de bien, de gentil

Droper une shit… sans commentaires

Les sacres :

Ostie (prononcer estie)

Calice (accentuer le –a- : cAlice !)

Tabernacle (prononcer tabarnak) et ses diminutifs (tabarnouche, tabarouette, tabernik…)

Ciboire ou Saint-Ciboire

Christ (prononcer crisse

Sacrant (on va le faire au plus sacrant = on va le faire au plus vite)

Les sacres sont également utilisés en adverbes ou verbes : on décrisse ou on décalisse = on se taille, on s’en va.
J’suis en tabarnak = je suis hors de moi
J’m’en calice = je m’en fiche.
C’est criss’ment l’fun.

On peut aussi regrouper les sacres. Le meilleur que j’ai entendu : ostie d’calisse d’saint-ciboire de tabarnak !
Tous ces sacres sont considérés comme étant des mots très vulgaires, et certains rougissent même en les entendants. Ainsi, je discutais l'autre jour avec un couple de québécois quand l'homme se mit à sacrer, créant une certaine gêne auprès de son épouse : "enfin, Pierre, fait attention à ce que tu dis !" Le décalage est donc réel entre ma vision des sacres, qui sont pour moi d'avantage mignons qu'obsènes, et leur caractère blasphématoire et vulgaire sur les terres de l'ancienne Nouvelle-France.

Mais attention pour un nouvel arrivant comme moi, les utiliser est une véritable science, surtout dans leur regroupement et leur prononciation. Les seules fois où j'en ai ainsi utilisé en présence de Québécois, je m'suis faite niaiser !










Renaud TEILLARD

4 janv. 2012

The Van


Au cours du mois de mai, je décidai avec trois de mes amis de faire l’achat d’un van qui nous permettrait de réaliser un road-trip d’un mois ou plus à travers le Québec, puis de traverser le Canada vers la côte Ouest et Vancouver. Mon colocataire Renato, et mes amis Emeric et Alice feraient partie du voyage. L’idéal était de se procurer le modèle mythique de Volkswagen, le fameux Westfalia symbole de la culture hippie des années 70. Nous nous rendîmes néanmoins rapidement compte de l’idéalisme de ce désir. En effet, ces vans n’étant plus en fabrication depuis quelques années, ils sont quasiment devenus modèles de collection. Et on ne connait que trop bien le fameux adage liant la rareté au prix. Compter ainsi au minimum 12.000$ pour un tel van. Après avoir effectué quelques recherches et visites dans la région de Montréal, nous fîmes l’acquisition d’un splendide Dodge Ram 250 Camper de 1985 mesurant plus de 5 mètres de long, isolé à la laine de verre, équipé d’une couchette, d’une kitchenette et d’une toilette. Le tout pour la modique somme de 1300$. Nous achetâmes également une remorque qui nous permettrait de prendre avec nous bagages, tentes, vélos et autre matériel. Les choses s’annonçaient bien !


Nous savions cependant qu’il faudrait y apporter quelques modifications intérieures et mécaniques, et que renforcer la remorque serait une nécessité. Nous recherchâmes pendant plus d’un mois un garagiste de confiance qui accepterait de réparer notre véhicule à moindre frais. Entretemps, il nous fallait démonter quelques cloisons et en renforcer d’autres, construire deux couchettes supplémentaires rabattables, rallonger le plan de travail de la cuisine, réparer les placards défectueux et y ajouter des loquets, reconstruire un meuble trop peu solide, réaliser des rangements supplémentaires, boucher les trous de la carrosserie et en ôter la rouille, ajouter deux ceintures de sécurité,…

Concernant l’aménagement intérieur, la tâche s’avéra ardue au vu des parois inclinées empêchant la réalisation d’angles droits. Heureusement pour nous, on mit à notre disposition tous les outils nécessaires à la réalisation de nos travaux. Après 1.5km de poutres, 378 vis à bois et à métal, 4 pots de colle et autant de joint, 3Kg de mastic et de durcissant, 43 équerres métalliques, quelques planches, et deux mois d’huile de coude, le départ se faisait de plus en plus proche et l’euphorie montait. Mais plus le temps avançait, plus la peur de ne pas trouver rapidement un garagiste fiable grandissait, surtout lorsque certains nous annonçaient des réparations de 2000 à 3000$. Finalement, on nous en recommanda un de confiance qui nous factura 1100$.










Mais ce fut là que les problèmes commencèrent. Nous nous rendîmes compte que le système hydraulique était à refaire, tout comme l’installation électrique. Plus tard, quelques pièces mécaniques se brisèrent et il s’avéra que certains écrous dans le moteur n’avaient pas été serrés par notre prédécesseur. Les problèmes ne cessèrent de s’accumuler, les dépenses de grossir, les prises de tête de se succéder,  et nous dûmes décaler d’un mois notre départ, après avoir tous démissionné de nos emplois respectifs en pensant partir à temps. Nous remettions sans cesse en cause notre road trip : un jour le van sortait de chez le garagiste « en parfait état », le lendemain un bruit suspect se déclarait. Jusqu’à ce qu’un jour, au beau milieu de l’autoroute, le moteur s’arrêta sans crier gare. Malgré les tentatives de généreux automobilistes pour recharger notre batterie avec des câbles reliés à la leur, le van démarrait mais s’éteignait aussitôt. Le remorquage s’avéra inévitable, et notre espoir en fut en grande majorité amoindri. Nous achetâmes une nouvelle batterie et notre garagiste attitré refit quelques branchements après avoir vérifié alternateur et courroie. L’espoir renaquit alors, mais fut de courte durée car le lendemain, le moteur s’arrêta une fois de plus. Là encore, ce n’était que le filtre à essence qu’il fallait remplacer, mais c’en n’était que trop. Et les finances devenaient maigres. Ô rage, ô désespoir ! L’annulation notre road trip devint inévitable et à contrecœur nous prîmes l’ultime décision d’en finir avec ce maudit van, et de partir à Vancouver en avion. Heureusement pour nous, un bon ami accepta de garder pour nous le véhicule à Montréal et de le vendre à notre place. 


Au total et sans compter le matériel que nous allions garder, il nous aurait coûté près de 3.200$, et nous lui aurions donné une bonne plus-value en le rendant davantage ergonomique, habitable pour 4 personnes et en ayant largement embelli son intérieur. Mais tout a une fin… Et quelle fin, hostie !






















Renaud TEILLARD