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Soyez les bienvenus sur ce blog qui retrace mon périple d'une année et demie au Canada. J'espère qu'à travers celui-ci, vous pourrez découvrir en partie ce chaleureux et fantastique pays !
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Merci de votre visite, et bonne lecture !

Pour les amateurs de films, n'hésitez pas à visionner les vidéos que j'ai réalisées sur mon aventure canadienne !

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23 juil. 2012

Le combat des chefs


Le « fruit picking » continue dans l’Okanagan, en attendant les vendanges, bien plus rémunératrices. L’un de nos contrats nous emmène à Okanagan Falls, sur les rives du lac du même nom. Notre employeur, lui aussi d’origine indienne, possède une dizaine de vergers entre Kelowna et ici, nous proposant un travail quotidien étalé sur six semaines. Un contrat stable est certes sécurisant et attirant, mais au regard de la pauvreté des pommiers, nous n’y travaillerons que quelques jours.

La vue depuis mon "bureau"
L’environnement quant à lui, est unique. La vue sur le lac est splendide, le soleil omniprésent lui octroie des reflets ocre, et son eau pure offre un miroir aux collines dorées, tel qu’on pourrait croire à un immense tableau peint sur l’onde. Et un jour, alors que je travaille au sommet de mon échelle, j’entends un bruit sourd et proche, comme si quelqu’un tapait sur un arbre voisin du mien avec un bout de bois, et d’un rythme saccadé. En descendant de quelques échelons, j’aperçois deux cerfs majestueux, à quelques mètres de moi, qui s’affrontent violemment, bois contre bois. Si l’on en croit le nombre important de ramifications des cornes et leur pelage brun-roux surmonté d’une crinière jeune et peu épaisse, ils doivent être âgés de quatre ou cinq ans. Le combat est équitable et ouvert. Les deux mammifères s’examinent, se tournent autour semblant réfléchir à une stratégie d’attaque. Ils baissent la tête, se présentent élégamment leur armes, et effectuent un soudain bond vers l’avant. Le choc est impressionnant, me confortant dans l’idée de profiter du spectacle du haut de mon échelle. Les bois s’entremêlent, se frottent, s’accrochent et se coincent. Un brusque retrait mutuel, un bref recul, une ruade incisive et le duel reprend son cours. Je m’interroge sur les raisons de ce combat : est-ce pour revendiquer un territoire ? Cette hypothèse me paraît rapidement infondée, puisque les cervidés s’affrontent dans un verger, donc pas un lieu de résidence convenable pour eux. Est-ce un match amical, un entraînement pour affûter leurs bois, pour parfaire leur technique ? Là aussi, l’engagement des deux mammifères montre un certain enjeu à la rencontre. Je comprends rapidement le contexte lorsque j’aperçois de l’autre côté du champ un groupe de trois jeunes biches, suivies de quelques faons intimidés par la majesté de leurs aînés guerriers, et dont la maladresse de certains démontre même un âge très jeune.  La période de rut touchant à sa fin, c’est sûrement leur dernière aventure que ces mâles négocient. Leur simple fierté pourrait également être en jeu. Pour ma part, j’aime à penser que les deux cerfs revendiquent chacun la paternité des adorables faons…

Le combat des chefs

La chasse est ouverte...
Sans vainqueur ni vaincu, le duel s’achève. Les deux protagonistes s’en vont chacun de leur côté, tels deux princes qui signent une trêve, réalisant que le match est nul. Les biches, quant à elles, peuvent être tranquilles sachant qu’elles n’auront à subir aucune cour. Sereinement,  elles se dirigent vers nos bennes remplies de pommes, et se servent insolemment du fruit de notre travail. Intimidé par ces œuvres de la nature, je ne sais trop quoi faire. C’est alors que j’entends le propriétaire accourir et jurer contre les pillards. Me sentant libre d’user de mon droit de protestation, je décroche une pomme et m’en sert comme argument de négociation. Tel David, je la leur jette et atteint l’une des biches en plein cœur. « Get the f*** out of here ! These are mine ! » Comprenant que leur présence est indésirable, la famille emprunte nonchalamment le chemin du retour, se retournant vers moi à quelques reprises en me jetant des regards qui, selon moi ne peuvent signifier qu’une unique chose : « not even hurt, mate ! »






Renaud TEILLARD


7 juil. 2012

Un nouveau contrat


Entre deux contrats, nous passons quelques jours à Vancouver, où nos amis Aymeric et Alice font escale. Pour effectuer une rapide piqûre de rappel, Aymeric et moi étudions dans le même collège en 1999, au LIF (Lycée International Français) de Jakarta, en Indonésie. Et c’est par la plus hasardeuse des rencontres que nous nous étions retrouvés à Montréal, en allant chercher notre numéro d’assurance sociale, douze longues années plus tard. Ensemble, ainsi qu’avec Alice et Renato, nous avions fait l’acquisition d’un van que nous avions réparé, réaménagé, puis finalement laissé entre les mains d’un Québécois qui, faute de parvenir à le vendre, l’avait vendu à une casse, ou « cour à scrap », pour la magnifique somme de 350$. Nous nous étions scindés en deux groupes, Renato et moi partant découvrir l’Ouest canadien, et les deux tourtereaux faisant l’acquisition d’un monospace pour suivre l’itinéraire que nous avions planifié ensemble.
L'intérieur du van, objet de mille joies et douleurs

Nous nous retrouvons à Vancouver quelques mois plus tard. C’est un véritable plaisir que de les revoir, et tant de choses sont dites. Ils nous racontent leur voyage à l’Est, où ils ont pu découvrir le Lac Saint-Jean, la Gaspésie, le Nouveau-Brunswick, puis leur traversée d’un continent à l’autre par les Etats-Unis d’Amérique, et leur mésaventure mécanique dans le Montana, état maudit vu la déconvenue qu’a également connu notre ancienne colocataire Anna où son véhicule a rendu l’âme. Nous leur racontons en parallèle nos aventures parfois irréalistes à Vancouver puis dans l’Okanagan, la facilité à y trouver du travail, l’extravagance de certaines de nos rencontres,…
Ils nous apprennent qu’ils partiront quelques jours plus tard en croisière, sur le voilier d’un ami, pour voguer un mois durant sur les eaux cristallines de la Mer des Caraïbes. La vie est belle… Nous nous remémorons également ces merveilleux moments passées dans l’ancienne capitale du Canada, les longues fêtes costumées, et surtout les heures passées à travailler sur le van, riant à gorge déployées que nous permet le recul et la digestion permise par le temps qui a passé entre-temps.

Mes compagnons Alice, Aymeric et Renato
Après ces heureuses retrouvailles, nos chemins se séparent pour la deuxième fois, en sachant que nous nous reverrons dans les Rocheuses quelques mois plus tard. Il est temps pour Renato et moi-même de retourner à nos pommiers. Quelques heures de trajet à travers monts abrupts et vaux encaissés. Nous quittons la chaîne côtière et pénétrons dans la vallée de Similkamen, rattachée à l’Okanagan. Nous voici revenus à Oliver, et devons récolter le fruit d’Abjit.

Le lendemain matin, nous nous rendons sur son verger, et négocions un prix à la benne. Etant donné la facilité attendue et la richesse de la récolte, le tarif obtenu est légèrement inférieur à la moyenne du marché. Nous nous attelons rapidement à la tâche. A la fin du jour, nous obtenons chacun 110$, en ayant adopté un rythme assez convenable, et fixons un objectifs plus ambitieux pour le lendemain.

Un "picking" plus agréable
Nous restons sur ce contrat une dizaine de jours, et rencontrons différents « pickers » dont Tom, un Canadien natif de la région, et âgé de cinquante-sept ans. L’homme a vécu quelques années de l’autre côté de la frontière puis en a été chassé pour une raison que nous ne découvrirons jamais, ce qui entame notre curiosité d’autant plus grande qu’on lui donnerait le bon dieu sans confession. Mais par-dessus tout, il attire notre plus grand respect, lorsqu’il nous apprend travailler ainsi chaque été lors de congés, depuis de nombreuses années, et son âge ne l’empêche point de travailler plus efficacement que nous. Nous découvrirons par la suite que la situation de cet homme n’est pas unique, et que nombreux sont ceux qui, au lieu de dépenser de l’argent pendant les vacances, consacrent les leurs à gagner près de 10.000$ en moins de six semaines, grâce à une technique améliorée avec les ans.






Renaud TEILLARD


22 juin 2012

Le "picking" continue


Plusieurs semaines durant, nous travaillons dans les rangées de pommiers Gala, McIntosh, Fuji et autres Red Delicious. Certains arbres nous toisent de toute leur hauteur, narguant nos échelles souvent trop courtes et obligeant nos corps à gagner en souplesse. Cependant, lorsque les branches de certains d’entre eux sont suffisamment solides, je me permets de grimper jusqu’à leur sommet et d’admirer une vue fantastique sur l’Okanagan. Et de contempler ce travail titanesque réalisé par les ancêtres de mon employeur : cette masse verte au milieu d’un désert ocre et sec, cette vallée luxuriante encadrée de collines de sable rocailleuses, cette fraîcheur humaine face à la dureté naturelle.


Un matin autour du "feu"
Après une rude journée de labeur, quel plaisir de marcher une demie minute pour rentrer chez soi, ouvrir le frigidaire et décapsuler la récompense attendue depuis des heures, discutant et riant avec mon collègue Renato. L’homme est de surcroît fin cuisinier, avec un projet de reprise de restaurant liégeois. Je profite chaque soir d’un délicieux souper, même si sommaire.
Mais une malheureuse mésaventure viendra entamer l’un de nos dîners. Nos prédécesseurs nous ayant légué de nombreuses victuailles, nous nous servons à cœur joie : riz et pâtes, épices, sauces,… Un soir, nous décidons de préparer  du riz. Renato choisissant un mode de préparation différent du mien, je fais griller ma part, en ajoutant du curry. Me délectant et parvenant à la fin de mon repas, mon confrère s’exclame : « Oh non, il y a des vers dans le riz !» Ne me restant que deux ou trois bouchées, je me dépêche de terminer mon plat, avant que le message ne franchisse toutes les étapes de la transmission neuronale, et ne se transforme en dégoût de l’aliment et de moi-même. Je me lève ensuite et viens examiner la casserole, puis le sachet de riz. J’y vois effectivement de très nombreux petits asticots, de la taille et de la couleur d’un grain de riz. Infect et si repoussant ! Le pire demeure définitivement le fait que nous avons préparé ce riz au moins trois fois auparavant, sans même nous rendre compte de la gravité de la situation… Enfin, le ver est une excellente source de protéines, dit-on…
Une vallée verte au Nord d'un désert


Après quelques semaines de cueillette chez notre ami portugais, récoltant l’intégralité de sa production, l’heure vient pour nous de trouver de nouveaux contrats. Fort gentiment, Rick nous propose de rester chez lui, mais cette fois en lui réglant un loyer journalier, qui sera fixé à 5$ (divisé par deux personnes) pour régler les consommations courantes. Nous nous mettons en route vers les vergers des alentours. Nous suivons les chemins sinueux tracés au milieu de cette végétation dense bien que récente, nous arrêtant çà et là pour discuter avec des fermiers, leur demandant parfois conseil. Durant ces quêtes, une phrase devient récurrente, voire même automatique : « hello ! Are you looking for workers ? »
Au bout de quelques heures, nous rencontrons un jeune ménage d’Indiens, d’origine punjabi eux également :  Abjit et son épouse Grhalakshmi . Ils habitent une ravissante maison sur les flancs ouest de la vallée, quelques kilomètres au Sud de la ville d’Oliver. Sont plantés dans leur jardin une trentaine de pommiers, principalement des Galas. A la différence de chez Rick, les arbres sont extrêmement faciles à atteindre : leur pousse a été maîtrisée à l’aide d’un tuteur, restreignant le diamètre à moins d’un mètre, et rendant le « picking » bien plus efficace, puisque supprimant une grande partie des déplacements au sol. L’homme nous propose de débuter le travail quelques jours plus tard. Par effet d’aubaine, nos amis Aymeric et Alice sont de passage à Vancouver pour une semaine.


Nous troquons donc nos loques de travailleurs trouées et sales contre des vêtements de touristes propres et élégants, et avalons dès le lendemain les quelques kilomètres nous séparant de « Tha Couv »… 400 bornes, à l’échelle canadienne, dieu que c’est peu !













Des pommes Fuji








24 mai 2012

Un premier contrat stable


Rick Duarte est un jeune fermier d’apparence discrète, mais montrant une certaine classe sociale aisée, à l’image de sa politesse omniprésente, de son élégance vestimentaire même lors de ses travaux fermiers, et de sa culture. L’homme est né de parents portugais ayant émigré au Canada et construit une exploitation de près de mille pommiers et cerisiers. Notre nouvel employeur en a hérité et a par la suite épousé une jolie Canadienne de la région de l'Okanagan, dont nous verrons rarement les traits, et enceinte de quelques mois d’un petit garçon. Il a également fait construire une charmante demeure dominant son exploitation, entourée d’un rempart de conifères.


La maison de Rick, sur les hauteurs

L'abri construit par Rick, lieu de convivialité
Les cerisiers, couvrant un tiers de son terrain fruitier, leurs drupes se récoltent généralement dès la fin du mois de mai, et ce jusque la fin de celui d’août. Le nombre de cerises par arbre étant considérable, Rick avait construit un abri pour les « pickers » restant travailler chez lui durant l’été. L’année précédente, nous dira-t-il, il en accueilli environ vingt-cinq. L’abri se devait donc d’avoir une capacité d’hébergement honorable. L’endroit est long de vingt mètres et large de cinq. Situé au rez-de-chaussée, il est ouvert sur le jardin par l’absence d’un mur. Il est doté d’un équipement doublé : deux douches, deux doubles WC, et deux cuisines dans la même pièce : deux plaques et deux fours, deux éviers face à face, deux frigidaires et un lave-linge. Seul apport obligatoire : une tente que l’on plantera dans le vaste jardin.  L’été, on imagine l’ambiance dégagée par les jeunes travailleurs se partageant ce lieu. Il doit y avoir des rires, des pleurs, de la joie, de la tristesse et de l’amour.


Notre habitation, au milieu des pommiers et cerisiers
Renato et moi-même sommes chanceux d’avoir pour nous deux cet agréable et convivial lieu et cet espace. Nous commençons donc à travailler dès le jour de notre rencontre avec Rick. Nous commençons par cueillir une variété de pommes nommée Spartan, ce gros fruit rouge vif, créé en 1926 à Summerland, une ville à moins de 100 kilomètres de là. Les arbres sont très élevés et larges, leur circonférence, branches inclues, atteint trente mètres. Mais ils fournissent énormément de fruits, rendant leur récolte rapide. Nous nous occupons du bas des arbres, Rick et son employé à plein temps prenant en charge la partie supérieure des pommiers, à l’aide d’une nacelle télescopique et roulante. La tâche est somme toute relativement simple : cueillir un maximum de pommes en les déposants dans des sacs fixés sur notre ventre. Lorsqu’ils sont remplis, il s’agit de marcher jusqu’à une benne et de les vider par le dessous. Quand le contenant est plein à son tour, il nous faut conduire le tracteur sur quelques dizaines de mètres et l’échanger contre un vide. Effectuant la manœuvre chacun notre tour, c’est là le plus excitant !

Le tracteur, une réelle récompense
Plus tard et dans les jours qui suivent, nous attaquons d’autres variétés de pommes. La Red  Delicious, grosse pomme rouge aux rayures foncées, molle et sucrée. La Gala, fruit parmi les plus répandu dans la vallée, croquante et rouge aux reflets jaunes. La Fugi, pomme rouge très sucrée, d’origine japonaise comme son nom l’indique. Et enfin, la  McIntosh, variété découverte en 1811 en Ontario, province abritant la capitale du Canada, Ottawa. Cette pomme épaisse et rouge, tendant vers le bordeaux, juteuse et savoureuse, fait notre bonheur : pour un sac rempli, une pomme mangée. Et avec un débit de vingt à trente sacs quotidiens… Comme dit le proverbe, « one apple a day keeps the doctor away ». Et quid de celui qui dit « Thirty apples a day opens the toilet’s door » ?














Renaud TEILLARD

8 mai 2012

Le "picking" de pommes commence

La verdure au milieu du désert
Quelques semaines après notre arrivée dans l’Ouest canadien, et après cette première expérience dans la cueillette de piments et poivrons, nous voilà en quête d’un autre type de récolte : celles des pommes. Et les producteurs du Malus Pumila, fruit parmi les plus consommés du monde moderne, ne chôment pas dans la région. Il suffit de rouler sur la route principale pour se rendre compte de l’importance de cette industrie, au regard du nombre de vergers. Les modestes fermiers et les grandes exploitations se partagent le paysage.




Notre premier employeur dans les pommes
Pour prendre contact avec d’éventuels employeurs, l’expérience montre le succès du démarchage à domicile. Nous prenons donc notre Chrysler Intrepid pour aller directement à leur rencontre. Nous trouvons rapidement un fermier nous proposant de l’aider à récolter ses dix rangées de pommiers. Eduardo est d’origine portugaise, et étudia dans sa jeunesse dans une école d’ingénieurs, avec un échange d’une année dans une université de l’Est de la France. Ayant eu une opportunité d’emploi dans notre beau pays, l'homme y renonça, sachant le futur que son rêve lui offrait en Okanagan. Il réussit donc à s’installer dans cette région quelques décennies avant notre arrivée,  et planta trois variétés de pommes, ainsi qu’une vigne lui promettant une récolte personnelle très honorable. Durant trois jours, nous partageons notre temps entre la cueillette et les fréquentes discussions avec cet intéressant exploitant au train de vie aisé et visiblement heureux de ses réalisations personnelles et professionnelles. Mais cette expérience nous offre d’avantage un enrichissement personnel qu’une augmentation significative de notre capacité financière, la tâche étant rendue ardue par la particularité de sa plantation, par son exigence et par notre manque d’expérience en la matière. Quelque peu frustrés par ce premier contrat, nous en tirons les conséquences, et repartons motivés en recherche d’une seconde expérience.


Première expérience de "picking". Et en gants blancs, s'il vous plaît !

Nous réempruntons donc les routes de la région Sud de l’Okanagan et repartons à la rencontre des fermiers. Après en avoir vu quelques un sans succès, nous empruntons les routes sur les flancs des collines entourant la vallée. L’altitude nous offre une vue splendide : les montagnes désertiques entourent la luxuriante végétation permise par les exploitations des fermiers, telle la vallée du Nil et son filet de verdure au milieu du désert. Absorbés par ce paysage, nous en perdons notre chemin, roulant au pas au milieu des vergers, en quête de quelque indice qui nous donnerait une vague destination. Venant du sens opposé, nous voyons s’approcher un quad, conduit par un jeune quadragénaire. Nous arrêtons notre avancée et lui demandons notre chemin, et par la même occasion s’il connaît un producteur de fruits proche. Nous répondant qu’il tient lui-même son exploitation, nous lui demandons alors s’il recherche de jeunes gens motivés. Après une courte hésitation, il nous propose de le suivre chez lui pour discuter. Très rapidement, et notre origine européenne aidant, il nous offre un contrat de travail de trois semaines, rémunéré à l’heure. Il nous apprendra que plus tôt dans la matinée, deux personnes lui avaient téléphoné, et à qui il avait proposé notre poste. Les travailleurs avaient promis de se rendre chez lui dans le quart d‘heure suivant. Mais deux heures avaient passé lorsque nous nous étions présentés, et il avait alors décidé de changer ses plans. De surcroît, le fermier nous présente instantanément le lieu où nous pourrons rester, immédiatement  et gratuitement : une charmante construction équipée de deux douches, deux cuisines et deux WC… Ce jour-là, la chance a visiblement décidé de jouer en notre faveur !










Renaud TEILLARD

26 avr. 2012

Premier salaire britano-colombien



Notre travail quotidien
Une première semaine de labeur physiquement éprouvante se déroule lentement, pendant laquelle nous  remplissons quotidiennement une à deux tonnes de poivrons, de piments serranos et jalapeños. Ce sont ces derniers qui génèrent une grande partie du chiffre d’affaire de l’exploitation de Mr Gill. En effet, originaires du Mexique, ils sont extrêmement prisés dans l’industrie de la restauration de l’Amérique du Nord toute entière : on les retrouve même dans les plus grandes chaînes de fast-food, où de nombreux mets sont indiqués comme utilisant ce légume (le Mac Bacon & Jalapeño par exemple.) Fait amusant, le jalapeño est le premier piment à avoir voyagé dans l’espace, envoyé par la NASA. Sûrement voulaient-ils… donner du piment aux missions galactiques. Autre fait qui m’a beaucoup fait rire : la difficulté pour les anglophones de prononcer la Jota, transformant le J en H. Ou quand le Jalapeño devient le HHHalapeños…


Un Punjabi en Okanagan
Pendant ce temps, nous sommes seuls dans les champs, mis à part le beau-père de Mr Gill, un Indien du Punjab à la longue barbe grise, à la tunique blanche, au turban orange et avec une maîtrise de l’anglais proche de celle du Français moyen. Pendant un temps, le seul mot qu’il utilise est « Baketa .» Nous réalisons quelques jours plus tard que le terme utilisé est en fait « bucket » (un seau.) Mais avant, pensant trouver ici une quelconque parole indienne de politesse, nous l’utilisons chaque fois pour le saluer. Par la suite, lorsque je lui demande son nom, il me répond : « mmh. Baketa ! » Très bien… Bonjour, Seau ! Quelques jours plus tard, nous découvrons l’immensité de son savoir lorsqu’il nous montre le véhicule utilisé pour emporter les bennes pleines, en s’exclamant « tRRèktRR » Fantastique, nous venons d’apprendre un deuxième mot du Punjab !


Lors de cette expérience riche en piments, nous rencontrons également Pedro, un Mexicain employé à plein temps dans l’exploitation. Celui-ci, est responsable de la récolte de nos bennes, soulevées par son splendide tracteur bleu et emportées vers le bâtiment principal de S&G Farm. Extrêmement sympathique et souriant, plaisantant sans cesse, il nous apprend beaucoup sur son pays et sur la région de l’Okanagan. Néanmoins soucieux de la qualité de notre récolte, il ne tarit pas de commentaires : « Nooo ! Too muuuuch ! Garbaaage ! You know, my boss ! »

Notre ami Pedro
Une semaine après nos débuts en tant que cueilleurs, mon ami Renato et moi-même commençons à rechercher un véhicule. En effet, la chance qui nous avait offert un premier travail à moins de 4km de notre campement ne se reproduira sans doute pas. Et nous savons l’étendue de la région. Un bolide nous sera indispensable dans notre prospection de contrats temporaires, pour nous rendre sur nos futurs lieux de travail, et pour nous promener dans cette région qui semble promettre des paysages fantastiques. Nous mettons donc rapidement en quête dans les environs, et en demandant à la grande majorité des gens que nous rencontrons, ce qui tourne presque à l’acharnement. Nous rencontrons dans une station essence Seven Eleven Raphaël, un jeune Québécois lui aussi « picker », qui nous explique vouloir troquer sa voiture contre un minivan. Il accepte finalement de nous vendre sa voiture, un rutilante Chrysler New-Yorker, longue et large, aux sièges de velours, tels qu’on en voit conduites par les gangsters des films américains. Et le prix est plutôt agréable : seulement 500$. Mais, nous prévient-il, vous devrez apporter une légère réparation de l’ordre de 100$... L’expérience d’un certain van nous rend immédiatement très méfiant, même si l’homme nous propose de faire la réparation lui-même et semble sincère.


The shadow car
Et c’est finalement notre premier boss qui nous vendra sa voiture, une splendide Chrysler Intrepid blanche de 1997 : V6 sport, boîtier automatique, contrôleur de vitesse, une pure merveille pour seulement 1.000$ Nous profitions de notre première paye, en liquide et non déclarée, pour en faire l’acquisition. Un léger détour par l’unique compagnie d’assurance de la ville d’Oliver, et l’engin est nôtre. Nous apprendrons plus tard que le modèle était dix ans plus tôt l'un des plus utilisés comme voiture fantôme, ces bolides conduits par des trafiquants roulant le plus vite possible pour ne pas être attrapés par les forces de police. Liberté, nous voilà !








Renaud TEILLARD

20 mars 2012

Premier jour de labeur dans l'Okanagan

Il est 5h15, et l’alarme nous extirpe brutalement d’un sommeil qui aurait mérité de gagner en durée. Mais la vie est telle qu’elle nous impose parfois quelque sacrifice. Nous disposons de trois quarts d’heure afin de nous préparer pour une journée qui s’annonce encore merveilleuse.

Un petit-déjeuner à l'aube au coin du feu

 Au menu du petit-déjeuner, du café dans des gobelets en plastique et des biscuits. Et rien de tel qu’un bon feu de bois pour chauffer l’eau du café, ce qui nous permet également d’obtenir une lumière « naturelle » venant éclaircir un matin encore assombri par l’obscurité. Un peu d’énergie procurée par nos gâteaux secs avant de prendre le chemin du travail, et nous voilà partis.


Le pouce... Mythe, ou réalité ?
Notre journée commence par une longue marche que nous annonce l’absence persistante de véhicule sur l'autoroute 97 (appelée ainsi bien que ne comportant qu'une unique voie par sens...), mettant peu à peu fin à notre espoir de rencontrer une âme bienveillante qui accepterait de nous prendre en auto-stop. Très heureusement, l’exploitation où nous nous rendons est située à seulement quelques kilomètres de notre campement, nous permettant ainsi d’arriver à l’heure prévue, et Dieu sait quelle importance est réservée à la ponctualité dans un monde où le temps prend une place considérable. Nous rencontrons Gill, le propriétaire de S&G Farm. L’homme est arrivé dans la vallée vingt ans plus tôt avec son épouse, en provenance de l’Inde, et a racheté ce terrain à l’un des très nombreux Portugais présents à l’époque. En effet, dans les années 1950, l’immigration portugaise fut massive dans le sud de la région, les Portugais fuyant la pauvreté, le chômage et la répression politique instaurée par le régime totalitaire de Salazar. Ceux-ci, en provenance majoritaire des Açores et de Madère, s’installèrent pour une partie dans la vallée d’Okanagan et contribuèrent largement au  développement de l’industrie fruitière. A partir des années 1980, de nombreux Indiens, pour la plupart d’origine Punjab, s’installèrent à leur tour et prirent possession des exploitations en vente.

L'exploitation de piments
Notre premier employeur de la province nous présente donc brièvement notre objectif, et le réveil nous extirpe d'. Celui-ci sera de récolter des piments et d’effectuer un tri sélectif des meilleurs fruits, et nous explique comment il nous rémunèrera : à la quantité, comme ce à quoi nous nous attendions. La tâche s’annonce agréable : le paysage est fantastique, le champ étant entouré de montagnes arides ; personne n’est sur place pour contrôler notre travail, nous assurant ainsi une grande autonomie ; et par-dessus tout, le temps est plus que clément, le soleil ayant chassé tout nuage du ciel azur. En conséquence, la température augmente considérablement au fur et à mesure que les heures passent. A 9h du matin, nous sommes ainsi obligés de retirer une partie de nos vêtements, nos corps n’étant point habitués au travail en plein air. L’occasion de faire une pause bien méritée.  Deux heures plus tard, la chaleur s’est intensifiée et la tâche s’avère plus difficile. Là aussi, la pause s’impose. A treize heures, le soleil se fait de plus en plus imposant, impression accentuée par la lourdeur de l’humidité. Accroupis au milieu du champ, nous cueillons piment après piment depuis 6h. Et c’est à ce moment précis que la faim fait son apparition, nous rappelant que notre sac est vide de victuailles, la seule nourriture que nous ayons ingurgité depuis le début de la matinée étant des barres céréalières agrémentées de piments… Écoutant notre estomac et nos corps fatigués, nous décidons de nous en arrêter là pour la journée. La récolte est plutôt légère : 3 bennes remplies, soit environ 750kg au total, ce qui nous fera 135$ à nous partager. Nous allons donc prévenir le « boss » de notre départ, et en profitons pour négocier notre rémunération à la hausse, compte-tenu du temps passé pour remplir une benne, qui est bien supérieur à ce qu’il nous avait annoncé. Nous obtenons gain de cause, avec un tiers de plus.
Gagner de l'argent à la sueur de son front

Très satisfaits de cette première journée de labeur intensif, et l’après-midi ne faisant que débuter, nous décidons de nous rendre en ville pour nous restaurer tout d’abord, et visiter ensuite. Mais le pouce, tant célébré par les Canadiens, ne porte pas ses fruits aussi facilement que ce que nous espérions, puisqu’il nous faudra près d’une heure et demie pour trouver preneur. En effet, les auto-stoppeurs sont loin d’être rares dans la région, et les automobilistes ne sont plus apitoyés. Nous arrivons enfin à Oliver sur les coups de quinze heures, le ventre serré par la faim. Nous choisissons de nous installer au premier restaurant qui nous tend les bras. Il s’agit d’un Fish & Chips, qui nous promet un repas digne des plus grands rois. Jamais l’attente d’un plat ne m’aura paru aussi longue. Les effluves du poisson grillé et des frites dorées me parviennent jusqu'aux narines que je dois rapidement boucher avant de succomber au supplice. Et lorsque cette nourriture m’est servie, je me force de ne pas tout avaler en une bouchée… Mais le festin tient sa promesse ! J’apprendrai par la suite que nombre de « pickers » passent par ce restaurant pour célébrer leur premier jour de travail ou leur première paye. Et ça vaut son pesant d’or !








Renaud TEILLARD


7 févr. 2012

Montreal Video

Le Québec restera gravé à tout jamais dans ma mémoire comme une partie du monde anglophone tout à fait hors du commun, où l'authenticité des gens et des lieux s'associe à merveille à une modernité et un progrès social exemplaire. J'y ai passé la moitié d'une année, et une chose est sûre : j'y retournerai, dans un futur plus ou moins proche.

Profitez maintenant de cette vidéo sur ces 6 premiers mois, qui resteront pour moi un souvenir inoubliable. 





Renaud TEILLARD

25 nov. 2011

Les tipp

 
Lorsque l’on voyage et que l’on entame une aventure quelque part, on redevient comme un enfant, dans la période où on s’éveille à la vie, lorsque l’on découvre tout ce qui nous entoure, et que l’on a envie de poser d’innombrables questions sur tout ce qui existe. Dans cet état d’esprit, on s’émerveille ainsi devant toutes ces nouvelles rues, toutes plus charmantes et plus longues les unes que les autres. Quelque temps après mon arrivée et ces premiers jours touristiques, où armé de mon appareil photo j’allais de découvertes en découvertes, je me décide à remplir quelques tâches administratives. Je commence par visiter quelques appartements, puis décide de signer un bail à compter du 1er avril et pour une durée de 3 mois.

Puis j'acquiers la carte de transport locale, OPUS, et je peux dorénavant me déplacer dans tout Montréal en transport en commun pour un mois. Au total pour le métro, 4 lignes colorées (orange, bleue, verte et jaune) décrivant approximativement un carré autour du Mont-Royal. Plus le réseau de bus, dont certains de nuit qui passent en moyenne toutes les 1/2h.



Je souscris ensuite un abonnement téléphonique chez Fido, un des plus grands opérateurs du pays : 25 « pièces » par mois, pour 50 minutes, une centaine de SMS, et appels illimités le soir et le week-end… On est loin des 50€ du révolutionnaire Néo by Bouygues Télécom, pour ne pas citer la marque ! Quelques jours plus tard, j’apprends même l’existence d’un opérateur spécialisé dans les cartes prépayées qui en offre à 35$ pour des appels illimités, 24/24h et 7/7j. Et pour une somme de 2,50$, je peux acheter un coupon chez le « dépanneur », ou l’épicier, me permettant de contacter la France six heures durant vers les téléphones fixes européens.

A ce propos, concernant les dollars : 1$=0,75€. Mais la conversion n’est pas nécessaire car la parité en pouvoir d’achat est à peu près similaire. Un menu dans un Burger King ou un PFK (Poulet Frit du Kentucky…) coûte alors entre 7 et 9$, hors taxes et TIPP ! Car à chaque achat, il faut ajouter au paiement près de 15% du prix affiché, plus 15% pour le pourboire si l’on est servi en salle, ce qui réserve souvent des surprises. Les serveuses ne manquent d’ailleurs pas de vous rappeler les usages en vigueur et de refuser les centimes. Ainsi, quelques jours après mon arrivée, je me rends à une soirée de l’Université anglophone Concordia, en compagnie de deux québécois rencontrés plus tôt dans la soirée et dans un bar. Je paye un verre à 2$ et effectue alors un calcul rapide : « 15% x 2$, ça nous donne 30 centimes. Je vais lui laisser 50 sous, ça devrait aller… » me dis-je. Que nenni ! Je me suis rapidement fait rappeler à l’ordre par la serveuse qui se met à me disputer presque violemment : 
-          « ho ! Je sais qu’en France, vous autres ne donnez pas de pourboire, mais ici c’est 1$ ou rien ! 
-           Ok, lui dis-je en bon négociant, on va couper la poire en deux. Voici 75 centimes.
-          Tu ne comprends donc rien ? Ici au Québec, tu me donnes 1$ ou rien !
-          D’accord ! Comme tu es très gentille… C’est rien ! Bye ! » Non mais ho, il ne faut pas abuser non plus !

 
J’ai en fait appris un peu plus tard que les serveurs étaient taxés à 8% sur les ventes qu’ils avaient réalisées.  En compensation, les clients laissent au moins 15% du montant de la table. Avec le temps, j’ai d’ailleurs appris à m’imprégner de cette culture du TIPP, puisqu’en percevant moi-même à « ma job. » Les québécois ont pour la majorité le réflexe de laisser un pourboire, même dans un café où il n’y a pas de service en salle (et donc pas de déclaration de la part des employés, soit pas de réelle obligation de laisser un pourboire.) Dans un restaurant et les bons soirs, un serveur peut ainsi gagner plusieurs centaines de dollars (rien qu’en pourboires !) par « shift », c’est-à-dire par journée de travail. Certains québécois s’offrent même le luxe de travailler tout l’été, soit 3 ou 4 mois, d’économiser quelques centaines de milliers de dollars, et puis faire le tour du monde pendant plusieurs mois. Que demander de plus ?!








Renaud TEILLARD


27 oct. 2011

Second Cup


Lors de mon arrivée à Montréal, je m’étais promis de profiter de la ville, de visiter et de m’amuser pendant une à deux semaines, puis de rechercher activement une source de financement. Fidèle à mes engagements, je commençai à postuler à divers endroits au bout de 10 jours. La restauration était la branche la plus demandeuse et la plus fructueuse, spécialement lors de la saison estivale et l’afflux touristique, m’avait-on assuré. Et on avait raison : le lendemain de mes premiers dépôts de CV, on m’appelait pour un entretien à la fin duquel on me donnait déjà la date de mon premier jour de travail. L’endroit se nommait Second Cup (ou « Deuxième Tasse », pour certains irréductibles Québécois fortement attachés à la langue française), une chaîne de cafés canadienne comparable à Starbucks, avec un positionnement de véritable spécialiste du café et plus haut de gamme, accompagné d’une fidélisation accrue, bien plus à travers le comportement très amical de ses employés envers les « invités » que par une véritable politique de marketing fidélisant.

Avant de prendre mon premier « shift » (terme largement utilisé dans le secteur pour désigner une plage horaire), on me fit suivre une formation à distance : l’ensemble était composé d’une vingtaine de modules tous finalisés par une évaluation. Le début de la formation était une formidable preuve de la réussite du marketing corporate nord-américain portant les employés à aimer leur travail et leur entreprise. Dès les premières pages, la présentation du groupe se faisait sur un ton qui me poussait à devenir le premier fan de Second Cup ! Création en 1975, 360 franchises dans le pays  et quelques unes au Moyen-Orient, plus de 5.000 vendeurs associés, des cafés systématiquement équitables et majoritairement certifiés équitables par des organismes comme Rainforest Alliance, Fair Trade, ou Ocia,… La suite me transformait en un véritable expert du café ! On m’y expliquait la chaîne intégrale de transformation que suivait le café, depuis la cueillette en grain ou en grappe jusqu’à la gorgée savoureuse de café moulu. On me présentait les caractéristiques et origines de chaque café proposé, sachant que 20 à 30 sortes différentes étaient mises en vente : Cuzco péruvien, Sumatra Mandheling, Royal Blend, Limu éthiopien, Paradiso, Continental, Minita Tarrazu, Vanille Française, Espresso forte,… Le reste de la formation consistait enfin en une présentation des classiques consignes d’hygiène et de travail.

Le Second Cup où je fus embauché se situait sur l’avenue du Mont-Royal Est, grande artère très connue et fréquentée, aussi surnommée par certains « la Petite France » en raison du nombre très important de Français installés dans le quartier. L’intérieur chaleureux offrait le loisir de s’étendre sur les confortables fauteuils et de profiter du WiFi, et la terrasse extérieure, au coin avec la rue Saint-André, avait une vue imprenable sur les passants. Mes premières semaines dans ce café furent laborieuses au regard du nombre important de recettes chaudes et froides qu’il fallait connaître et préparer. L’accent québécois fut également une grande difficulté pour moi aux débuts, et maintes fois je dus faire répéter leurs commandes aux clients. Les premiers temps furent également peu chargés en termes d’horaires de travail, soit moins de 20h par semaine. Au bout d’un mois, ayant acquis de l’expérience et de l’assurance, je m’autorisai à revendiquer un planning suffisamment fourni, ce que j’obtins en héritant peu à peu de la majorité des « close » ou fermetures. En juin, on me confiait ainsi les clés du café et je devenais officieusement « the closeman », en effectuant des shifts de 16h à minuit ou 2h, et en totalisant une moyenne de 45h par semaine (mon record : une journée de 14h et une semaine de 58h.)

Le stand de Second Cup lors
des Nuits Blanches
Le gros avantage du travail de soir résidait dans le calme (qui boit du café le soir ?) et l’opportunité d’apprendre à connaître mes collègues, tous âgés de moins de 30 ans. Je créai ainsi des liens forts avec Annabelle, jeune Française énergique et souriante travaillant à mi-temps dans la confection de vitraux ; Kerry, une étudiante canadienne anglophone de prime abord très sage et raisonnée mais en fait très « chill et fine » (amusante et sympa) ; Laura, jeune Québécoise excentrique et empathique d’origine roumaine ; et bien d’autres encore. Ne travaillant qu'avec des filles, ce fut au départ fort agréable, mais par la suite une présence masculine et solidaire n’aurait pas été de trop. Travailler de soir me permettait également de discuter avec la clientèle, composée à 30% d’habitués dont certains devinrent des amis. J’appris ainsi beaucoup du Québec et de ses habitants, et je me pris parfois à discuter avec certains de philosophie, de métaphysique, de religion ou de science une heure durant.

Des habitués du café
Toutes les 2 semaines, mon salaire était viré sur mon compte à la Banque Nationale du Canada. Au Québec, la tradition veut que ce jour tombe un jeudi, chaque semaine ou une sur deux, et que ce soir-là les bars et les clubs fassent salle comble pour célébrer ce grand jour. Pour ma part, en plus du salaire, je percevais une partie des Tipps ou pourboires (divisés quotidiennement et également entre les personnes présentes.) La chose la plus étonnante, c’est qu’à partir du moment où il n’y a pas de service en salle, les tipps ne sont pas taxés et donc pas obligatoires. Mais il existe une tradition du pourboire telle que si une coupelle affiche un généreux « POURBOIRES MERCI », la majorité des clients laissent quelques centimes ou quelques dollars. En moyenne, ceux-ci s’élevaient ainsi à 50% de mon salaire.

A la mi-août je démissionnai, avec une légère tristesse il faut l’avouer. Mais une autre aventure bien différente m’attendait : un road-trip à travers le canada en camper-van…








Renaud TEILLARD