Entre deux contrats, nous passons quelques jours à
Vancouver, où nos amis Aymeric et Alice font escale. Pour effectuer une rapide
piqûre de rappel, Aymeric et moi étudions dans le même collège en 1999, au LIF
(Lycée International Français) de Jakarta, en Indonésie. Et c’est par la plus
hasardeuse des rencontres que nous nous étions retrouvés à Montréal, en allant
chercher notre numéro d’assurance sociale, douze longues années plus tard.
Ensemble, ainsi qu’avec Alice et Renato, nous avions fait l’acquisition d’un
van que nous avions réparé, réaménagé, puis finalement laissé entre les mains d’un
Québécois qui, faute de parvenir à le vendre, l’avait vendu à une casse, ou « cour
à scrap », pour la magnifique somme de 350$. Nous nous étions scindés en
deux groupes, Renato et moi partant découvrir l’Ouest canadien, et les deux
tourtereaux faisant l’acquisition d’un monospace pour suivre l’itinéraire que
nous avions planifié ensemble.
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L'intérieur du van, objet de mille joies et douleurs |
Nous nous retrouvons à Vancouver quelques mois plus tard.
C’est un véritable plaisir que de les revoir, et tant de choses sont dites. Ils
nous racontent leur voyage à l’Est, où ils ont pu découvrir le Lac Saint-Jean, la
Gaspésie, le Nouveau-Brunswick, puis leur traversée d’un continent à l’autre
par les Etats-Unis d’Amérique, et leur mésaventure mécanique dans le Montana,
état maudit vu la déconvenue qu’a également connu notre ancienne colocataire
Anna où son véhicule a rendu l’âme. Nous leur racontons en parallèle nos
aventures parfois irréalistes à Vancouver puis dans l’Okanagan, la facilité à y
trouver du travail, l’extravagance de certaines de nos rencontres,…
Ils nous apprennent qu’ils partiront quelques jours plus
tard en croisière, sur le voilier d’un ami, pour voguer un mois durant sur les
eaux cristallines de la Mer des Caraïbes. La vie est belle… Nous nous
remémorons également ces merveilleux moments passées dans l’ancienne capitale
du Canada, les longues fêtes costumées, et surtout les heures passées à
travailler sur le van, riant à gorge déployées que nous permet le recul et la
digestion permise par le temps qui a passé entre-temps.
Mes compagnons Alice, Aymeric et Renato |
Après ces heureuses retrouvailles, nos chemins se séparent
pour la deuxième fois, en sachant que nous nous reverrons dans les Rocheuses
quelques mois plus tard. Il est temps pour Renato et moi-même de retourner à
nos pommiers. Quelques heures de trajet à travers monts abrupts et vaux encaissés.
Nous quittons la chaîne côtière et pénétrons dans la vallée de Similkamen,
rattachée à l’Okanagan. Nous voici revenus à Oliver, et devons récolter le
fruit d’Abjit.
Le lendemain matin, nous nous rendons sur son verger, et
négocions un prix à la benne. Etant donné la facilité attendue et la richesse
de la récolte, le tarif obtenu est légèrement inférieur à la moyenne du marché.
Nous nous attelons rapidement à la tâche. A la fin du jour, nous obtenons
chacun 110$, en ayant adopté un rythme assez convenable, et fixons un objectifs
plus ambitieux pour le lendemain.
Un "picking" plus agréable |
Nous restons sur ce contrat une dizaine de jours, et
rencontrons différents « pickers » dont Tom, un Canadien natif de la
région, et âgé de cinquante-sept ans. L’homme a vécu quelques années de l’autre
côté de la frontière puis en a été chassé pour une raison que nous ne
découvrirons jamais, ce qui entame notre curiosité d’autant plus grande qu’on
lui donnerait le bon dieu sans confession. Mais par-dessus tout, il attire
notre plus grand respect, lorsqu’il nous apprend travailler ainsi chaque été
lors de congés, depuis de nombreuses années, et son âge ne l’empêche point de
travailler plus efficacement que nous. Nous découvrirons par la suite que la
situation de cet homme n’est pas unique, et que nombreux sont ceux qui, au lieu
de dépenser de l’argent pendant les vacances, consacrent les leurs à gagner
près de 10.000$ en moins de six semaines, grâce à une technique améliorée avec
les ans.
Renaud TEILLARD
Renaud TEILLARD
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