Bienvenue !

Soyez les bienvenus sur ce blog qui retrace mon périple d'une année et demie au Canada. J'espère qu'à travers celui-ci, vous pourrez découvrir en partie ce chaleureux et fantastique pays !
N'hésitez pas à partager l'adresse de ce blog, et tout commentaire ou suggestion sera bien évidemment plus que bienvenu.

Merci de votre visite, et bonne lecture !

Pour les amateurs de films, n'hésitez pas à visionner les vidéos que j'ai réalisées sur mon aventure canadienne !

24 août 2011

Van Horne

Ma chambre à Van Horne, voisine du salon principal
La maison dans laquelle j’emménage au début de mon année canadienne est située à quelques enjambées de la station Plamondon, Avenue Van Horne (prononcer avec l’accent s’il vous plaît), au coin avec le Chemin de la Côte des Neige, qui est d’ailleurs plus un boulevard qu’un véritable chemin. Le quartier est multiculturel, au regard des nombreux pakistanais, indiens, chinois et juifs. Tout est à proximité : le supermarché IGA ; quelques restaurants et marchés aux fruits ; la mine d’or Dollarama où l’on trouve tout à des prix réduits (shampoing à 2$, jeu de carte à 1$, casserole à 2$, drapeau du Québec à 1$50,…), bien sûr au détriment d’une qualité bonne et durable ; un « dépanneur » à un bloc,… La zone voit alterner des résidences à densité moyenne et de grandes et jolies maisons de brique rouge ou en pierre de taille.


Et le salon en question
La maison dans laquelle j’habite est divisée en 3 appartements, dont 2 reliés directement par l’intérieur et un autre sur le palier voisin. Au total donc, 3 adresses reliées entre elles : le 4053, 4055 et 4057 avenue Van Horne. Chaque niveau possède ses propres dépendances : cuisine, salle de bain, salon ou salle à manger.
Elle est partagée par 15 colocataire, tous âgés entre 20 et 30 ans et majoritairement français, dont Clémence, une amie d’enfance de ma sœur Anne-Laure. Parmi eux, beaucoup de stagiaires ou d’étudiants, ce qui n’est pas surprenant au vu de la courte distance séparant l’endroit de l’Université de Montréal et d’HEC Montréal.
Quinze personnes, c’est beaucoup, me direz-vous. Certes, mais cela entraîne chaque fois d’excellentes découvertes : la pétillante et énergique Céline alias Gigi, jeune Basque en stage de communication ; Antoine, un bien sympathique Roubaisien en stage de gestion de patrimoine ; Aurélien, un Bordelais étudiant à Sciences Po Montréal, qui fut également dans la promotion en-dessous de la mienne en classe préparatoire il y a 6 ans (encore une coïncidence !) ; Joséphine alias Jawes, gentille et amicale Nancéenne étudiante en pharmacie ; Salah, un Québécois « franchisé » et de bref passage à Montréal avant de retourner au Luxembourg pour un CDI ; sans oublier la locataire principale des lieux, Djamila, une Québécoise d’origine algérienne et avocate, avec qui j’ai en partie découvert le fonctionnement du droit québécois.

La terrasse, rimant avec barbecue et party
La collocation est assez fêtarde : une fois par semaine au moins, en général le vendredi, plusieurs de dizaines de personnes investissent le salon, la cuisine ou les couloirs. Ce sont en majorité des anciens colocataires habitués aux lieux, tels Manny, Thibaut, Ophélie ou Eddy, ou encore des collègues ou des amis des locataires. La fête bat son plein quelques heures durant, et peu après minuit, les noctambules motivés se rendent en général dans le centre-ville en taxi (peu onéreux en comparaison avec les services parisiens), pour profiter des clubs de Montréal : le célèbre et agité bar irlandais McKibbins ; le gigantesque Café Saint-Sulpice, ses quatre niveaux et sa terrasse immense ; le mythique Club Altitude 737 et sa vue sur Montréal depuis son 47ème étage ; et  sans oublier les incontournables Foufounes Electriques. Attention à ne pas s’y méprendre, une foufoune est, au sens québécois, un terme gentil et enfantin pour désigner les fesses. Sans s’y attarder, le mot est bien évidemment sujet à de nombreuses « niaiseries. »

L’ambiance est très sympathique et amicale. Le jour de la signature de mon bail, je monte saluer mes futurs colocataires, et le temps passant nous finissons par nous rendre au Club de Curling de Montréal pour découvrir ce sport trop peu connu, et à tort ! En effet, bien qu’en tant que spectateur, la discipline semble ennuyeuse et sans grand intérêt, on a vite fait de se prendre au jeu. Deux équipes s’affrontent sur une même piste de glace longue de quarante mètres, et le but est d’obtenir un maximum de « pierres », ces boules faites de granite poli pesant une dizaine de kilogrammes, le plus proche du centre de la cible, appelée « maison ». Le match se déroule en 10 « bouts », ces parties où chaque équipe lance 4 pierres. Le principe est donc le même que celui de notre chère pétanque. Les teams sont composés d’un skipper, celui qui va donner les instructions à l’autre bout de la piste, d’un lanceur, et de deux balayeurs. Etre l’un de ces derniers est indiscutablement le plus fatigant : lorsque la pierre paraît trop lente, il faut polir la glace et réduire l’effet de friction avec la pierre. De la technique, du sang-froid et de la précision sont indispensables, et chaque erreur peut faire perdre la partie. Pour vous familiariser avec ce sport, je vous conseille vivement de vous régaler avec cette courte vidéo de curling.


Ce jour-là, faisant équipe avec Marek, Aurélien et Antoine, nous  remportons le match après 2h38 d’un match très disputé, grâce à notre précision diabolique, et aussi en partie grâce à la géniale maladresse de Gigi, l’une de nos valeureuses adversaires. Celle-ci, en un seul et unique lancer, éloignait la totalité de ses pierres de la maison, nous offrant 4 précieux points, synonymes d’une avance insurmontable. Après cette offrande, nous sachions conserver notre avance, et remporter finalement la partie par le pointage de 13 à 4. Victoire écrasante, donc, de cette prometteuse équipe de Van Horne n°1, contre cette belle équipe de Van Horne n°2, qui n’a pas démérité. Good game !








Renaud TEILLARD


6 août 2011

La ville de Québec

Les villes de Québec et de Montréal sont séparées par environ 250 kilomètres. Pour s’y rendre, de nombreuses personnes empruntent l’autocar et payent près de 80$ pour l’aller et le retour. Une manière plus confortable, moins onéreuse et qui engendre de bonnes rencontrent est de passer par le site web de covoiturage Amigo Express, qui nous met en contact avec un conducteur. Les frais d’essence sont ensuite à définir avec ce dernier. On en vient dont à 40$ aller et retour, en étant plus rapide et en sociabilisant. Avec Renato, l’un de mes colocataires actuels, nous décidons d’opter pour cette solution au milieu du mois de juin, pour enfin visiter cette ville historique à l’égard de laquelle les gens ne tarissent pas d’éloges.

Le Vieux-Québec
Après 2h30 de route, en compagnie d’un Français installé depuis 5 ans au Québec et d’un Québécois pure souche, nous arrivons enfin dans la capitale du Québec. Là, nous sommes hébergés par Mike, un ami d’ami qui réside temporairement chez Manu, un de ses amis, qui lui-même vit chez une de ses amies (tout le monde suit ? Parce que moi, je n’ai pas trop compris…)
Après avoir fait connaissance avec notre hôte, nous nous dirigeons vers Saint-Jacques, petite rue commerçante où alternent bars, restaurants et magasins touristiques. L’endroit possède un charme très prononcé, avec des bâtisses bien plus européennes qu’à Montréal, de jolies maisons inspirées de l’architecture de Saint-Malo, la ville natale de celui qui découvrait le Québec, l’illustre Jacques Cartier. A ce propos, le nom de Québec tire son nom de l’amérindien Kebec, qui signifie « là où le fleuve se resserre. » La ville a en effet été fondée à l’endroit où le Saint-Laurent se fait plus étroit.
Pour en revenir à notre périple, nous visitons quelques bars dans la vieille ville, en compagnie de Québécois fort sympathiques, avant de se restaurer puis de se coucher totalement repus.

Devant les chutes de Montmorency, hautes de 83 mètres.
De droite à gauche : notre hôte Mike,
mon colocataire Renato, et un mai Pierre.
Le lendemain matin, nous nous rendons en voiture à une dizaine de kilomètres hors de la ville, aux chutes de Montmorency (nommées ainsi en l’honneur de l’amiral de France de la fin de XVIème siècle.) Plus hautes de 30 mètres que les chutes du Niagara, mais évidemment bien moins larges, elles dégagent une puissance telle qu’on se sent rapidement dépassé par cet élément. Les tourbillons font s’envoler de telles quantités d’eau qu’en s’approchant à moins de 50 mètres, on devient trempé des pieds à la tête. Nous nous promettons de revenir un jour où le temps sera au beau fixe, armés de maillots de bains, de serviettes et d’affaires de rechange, pour éviter le passage obligatoire par le sèche-linge que nous avons dû effectuer cette fois-ci.

Le Château Frontenac
Après avoir laissé notre hôte vaquer à son travail, Renato et moi décidons de visiter le vieux Québec, situé sur la partie haute de la ville, et nommé en conséquence la « Haute-Ville. » De ravissantes rues pavées, des bâtiments très historiques, et notamment le château Frontenac et son grand toit vert, le célèbre symbole de la ville. L’endroit est, je l’ignorais, un hôtel. Ca rompt un peu le charme, à mon humble avis. Mais le bâtiment reste une splendeur tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, où les parois du hall principal sont intégralement recouvertes d’or. La terrasse Dufferin, au bas du château, offre un beau panorama sur la Basse-Ville, le fleuve et la rive d’en face. Et en descendant vers le Sud le long de cette terrasse, on parvient rapidement à la citadelle, toujours en service, qui surplombe les mythiques plaines d’Abraham. En 1759, sur ces terres, eut lieu une féroce bataille opposant les troupes britanniques, dirigées par le général Wolfe, aux forces françaises commandées par le général Montcalm. Les deux officiers périrent lors des combats, à seulement une journée d’intervalle. La bataille des plaines d’Abraham marqua le point de départ de la conquête de l’Empire Britannique.  


Le soir même de notre visite et la veille de notre retour pour Montréal, « un party » est organisé dans la vieille ville, sponsorisé par un grand groupe de Médias. C’est le « pinch of love » (barbiche de l’amour), célébré chaque année pour fêter la fin du CEGEP de Québec (Collège d’Enseignement Général et Professionnel), équivalent du Baccalauréat français. Environ 10.000 jeunes se regroupent sur la Grande Allée, la rue traversant le Vieux-Québec, entre 15h et 1h, tous déguisés avec de courts vêtements des 1980’s et portant les longues moustaches typiques de l’époque. La soirée est assez amusante, et nous prenons au jeu de nous raser la barbe, pour ne laisser que de grosses moustaches descendant jusqu’au bas du menton. Que ne faut-il pas faire pour s’intégrer ?!


Hommage aux Corsaires malouins









Renaud TEILLARD

27 juil. 2011

La Nouvelle-France ou les prémices du Québec

Gravure de Jacques Cartier

L’histoire du Canada commence avec celle du Québec. En effet, l’explorateur Malouin Jacques Cartier découvre ce pays en 1534, bercé par les puissants courants du fleuve du Saint-Laurent. Avant de porter ce nom, ce dernier avait été nommé Rivière des Morues, Grande Rivière, France Prime, rivière des Iroquois ou encore Rivière du Canada. Cette dernière appellation fait d’ailleurs écho au fait que le Canada de jadis désignait le Québec d'aujourd’hui. Un an plus tard, Jacques Cartier lance l’exploration du fleuve, parvient sur les plaines actuellement recouvertes par la ville de Québec. Il poursuit vers le Sud et rencontre la tribu d’Hochelaga, occupant le sol de l’actuelle agglomération de Montréal, où il nomme Mont-Royal la colline dominante.



La traite des fourrures, raison d'exister pour la Nouvelle-France
Revenu bredouille de ses voyages, ou du moins sans métaux précieux ou passage vers l’Asie, le Royaume de France de François 1er se détourne du Canada. Et ce sont les marchands qui font renaître l’intérêt envers ce pays en débutant le commerce de la fourrure, échangé contre le métal européen. Le commerce de peaux sera par la suite responsable de la conquête vers l’Ouest, notamment grâce à la Compagnie de la Baie d'Hudson. De plus, ce commerce oblige à instaurer des relations durables avec les autochtones, ce qui entraîne l’installation des premiers colons dans la région.


Mais la colonisation de la Nouvelle-France commence véritablement avec la fondation de la ville de Québec, dérivé du mot Iroquois « Kébec », signifiant « lieu où la rivière se rétrécit ». Le lieu choisi par Samuel de Champlain comporte de nombreux avantages parmi lesquels un relief permettant une grande capacité défensive, et une abondante richesse en fourrures et en terres fertiles. Les premières maisons sont construites en 1608, et un fort imposant est érigé.

Durant près de 60 ans, la colonisation avance cependant très lentement : elle est confiée à des compagnies commerciales souvent soucieuses de leur propre profit, et peu nombreux sont les Français attirés par la Nouvelle-France. En 1662, seules 3.000 personnes peuplent la colonie. Mais Louis XIV modifie l’administration de la province et nomme de nouvelles personnes à sa tête. De nouvelles politiques sont mises en place et le peuplement du Québec reprend peu à peu. 70.000 habitants seront recensés en 1760.

La victoire française du Fort Carillon
Et pendant ce temps, l’Europe et les empires coloniaux se livrent à de féroces guerres. C’est celle de Sept Ans qui dessine les premiers contours du Canada et du Québec d’aujourd’hui. Ce conflit, souvent comparé à la Première Guerre mondiale, oppose principalement le Royaume de Grande-Bretagne et le Royaume de France. Les affrontements débutent aux Amériques en 1755. Les Français, alliés aux Indiens, se battent souvent en sous-nombre mais remportent de brillantes victoires, à l’image de celle du Fort Carillon (1758) où 3.000 Français repoussent 16.000 Anglais. Mais en Europe, la France s’affaiblit et  concentre ses efforts sur son propre sol. Le Royaume suspend ainsi peu à peu l’envoi de renforts humains et matériels vers le Québec, alors que la Grande-Bretagne poursuit son effort militaire et ses approvisionnements. Tant et si bien qu’en 1759, la capitale de la Nouvelle-France, la ville de Québec, tombe aux mains des forces ennemies à l’issue de la batailles des Plaines d’Abraham, sur lesquelles on célèbre aujourd’hui la « Fête nationale du Québec », et au cours de laquelle périssent les deux généraux ennemis, James Wolfe et le Louis-Joseph de Montcalm. Cette prise mène rapidement à la défaite totale des Français. En 1763, le Canada devient colonie britannique.

Cet épisode marque aujourd’hui encore les esprits des Québécois, digérant mal ce qu’ils considèrent comme un abandon pur et simple de la part du Royaume de France.








Renaud TEILLARD

4 juil. 2011

A fortuitous meeting

Lundi 21 mars, c’est aujourd’hui le printemps. Et comme un signe, la neige tombe à gros flocons, la température est négative (-2 ou -3°C) et le vent violent.  Mais au regard de mes sept premiers jours passés ici, où le temps était plutôt propice, variant entre grand soleil et pluie légère, associé à des températures comprises entre -2 et 10°C, je ne me plains pas ! La seule gêne pour le moment est la différence entre l’extérieur, en général relativement froid, et les lieux publics intérieurs, tous reliés par de vastes galeries surchauffées. A chaque changement, la plupart du temps en entrant dans le métro, c’est un véritable rituel : on baisse sa capuche, on ouvre son manteau, on enlève son bonnet, on desserre son écharpe, on ouvre son sweat-shirt, on essuie de ses lunettes la buée provoquée par le changement soudain de température,… Et on manque d’attraper la crève. Mais lorsqu’après avoir affronté le blizzard, on pénètre dans un tel endroit, on ferme les yeux et on s’imagine rentrer dans un chalet de montagne chauffé par un bon feu de cheminée, après avoir traversé une tempête de neige glaciale qui aura failli vous coûter la vie.
Métro Square Victoria

Pour obtenir « une job », il me faut à présent récupérer mon NAS, le Numéro d’Assurance Sociale. Pour cela, je me dirige vers le métro pour me rendre à destination. En chemin, je m'arrête à un feu rouge, alors qu'aucune voiture en vue ne m'empêche de traverser. J'ai en effet entendu dire qu'il était mal vu de « crosser ». Soucieux de respecter les mœurs québécoises, je marque donc un arrêt. A ce moment-là, un homme d'environ quarante ans, d'apparence tout à fait banale, en costume-cravate, arrive au passage pour piéton et patiente lui aussi. Il me dit alors : « vous faîtes bien d'attendre ! Vous savez, pour moi, c'est un moment de réflexion qu'on doit respecter, c'est un cadeau que nous fait la vie. Moi-même, quand je suis pressé, je m'arrête. C'est vraiment important » Cet homme-là a tout compris ! Il nous faut savoir savourer chaque instant, prendre son temps et ne pas oublier de réfléchir.

Je parviens donc au Centre des Ressources Humaines du Canada, dans le complexe Guy Favreau, cet édifice du gouvernement canadien de 12 étages, relié au célèbre réseau souterrain. Avant de venir à Montréal, j’avais en effet appris que la ville souterraine y était la plus importante au monde, avec 30 kilomètres de galeries, et contenant plus du tiers des commerces du centre-ville. On m’avait dit pouvoir accéder à des résidences, des bureaux, des magasins et des restaurants,… Mon imagination débordante avait donc prévu une gigantesque grotte où on retrouverait des parcs, des maisons et des tours, des avenues, des places, et pourquoi pas un stade de football ou un zoo ? Mais comme souvent en ce monde, la réalité est bien moindre. Il ne s’agit en fait que de longues galeries qui relient les bâtiments entre eux. Imaginez-vous entrer dans un centre commercial trois fois plus grand que le plus important que vous connaissez, et dont certaines issues conduisent directement à des édifices publics ou privés, ou bien au métro. Néanmoins, certains lieux sont dignes d’un grand intérêt, telle la Place Montréal Trust, sa fontaine et son jet d’eau atteignant trente mètres de hauteur, qui en fait la plus haute fontaine intérieure d’Amérique du Nord.

Fontaine Montréal Trust
Je me rends donc au Centre des Ressource Humaines, y patiente une petite heure en regardant une large TV sans son (l’histoire se répète), puis un fonctionnaire souriant, agréable et efficace ( !! ) me reçoit dans un box. Après quelques minutes, je repars avec ce précieux numéro que je devrais communiquer à chacun de mes futurs employeurs. En sortant, j’entends quelqu’un courir derrière moi, puis on me tape sur l’épaule. Me retournant, je vois un jeune homme brun, d’environ un mètre quatre-vingt cinq, portant une barbe naissante, et vêtu comme un Français,
Complexe Guy Favreau, RDC
c’est-à-dire portant des vêtements inutiles ici car pas assez protecteurs.  « Renaud ? », me dit-il. Je le reconnais aussitôt. Il s’agit d’un ami du collège, à l’époque où j’étais expatrié en Indonésie. Il avait quitté le pays en 1999, et nous étions allés ensemble dans un camp de vacances en Aveyron l’année suivante. Depuis lors, nous ne nous étions jamais revus. « Emeric ?! C’est incroyable de te voir ici, à Montréal, après toutes ces années ! Depuis quand es-tu là ? » Il m’explique être arrivé la veille, accompagné de sa petite-amie, Alice, tous deux pourvus d’un visa de travail semblable au mien. Il me dit être venu trouver un travail manuel, bûcheron par exemple. Et il a raison, car c’est un métier valorisé et bien rémunéré, surtout dans le nord du Canada. Après avoir marché un temps tous les trois en discutant, nous vaquons à nos obligations respectives et prévoyons d’aller boire un verre le soir même. Quelques mois plus tard, nous déciderons même d'acheter ensemble un van pour un roaad-trip canadien. Et je me dis intérieurement cette illustre phrase qui s’impose d’elle-même en de pareilles circonstances : « tout de même, le monde est petit ! »








Renaud TEILLARD



23 juin 2011

Le Montréal historique : Vieux-Montréal et downtown

Vieux-Montréal, rue Saint-Antoine
Après avoir été généreusement hébergé quelques jours chez Félix, je réserve une chambre dans le dortoir du 3ème étage d’une auberge de jeunesse pour « une couple » de nuits. L’Auberge Alternative, car tel est son nom, se veut différente : tout le mobilier présent a été récupéré dans la rue, rénové et placé dans les dortoirs, les chambres et la salle commune. Celle-ci est très accueillante et propice aux rencontres. J’y croiserai ainsi Max et Steph, un jeune couple d’étudiants allemands en vacances ; une pétillante irlandaise rousse nommée Sheena, artiste à ses heures et dont les photographies sont exposées dans le couloir proche de l’accueil ; de nombreux PVTistes (détenteurs du fameux Permis Vacances-Travail permettant de séjourner 12 mois au Canada, et que j’ai moi-même obtenu), dont Renato, un Belge de Liège, Valentine, jeune Aixoise fraîchement débarquée, et Joris, amateur de wwoofing (World Wide Opportunities on Organic Farms). Cette pratique de plus en plus populaire permet d’échanger de l’huile de coude contre hébergement et nourriture, dans des fermes du monde entier.

Vieux-Montréal
L’auberge en question est placée rue Saint-Pierre, dans le Vieux-Montréal, à une cinquantaine de mètres du Vieux-Port. Le lieu entier est doté d’un grand charme : au Nord de la rue Notre-Dame se dressent d’imposants buildings de verre et d’acier ; au Sud, on retrouve les édifices en pierres de 3 à 4 étages, richement  décorés et qui témoignent de la richesse culturelle du quartier Ville-marie auquel est rattachée cette partie de la ville. Les rues Saint-Paul et Notre-Dame sont quant à elles joliment pavées et abritent de magnifiques bâtiments emplis d'Histoire : le Centre d’Histoire de Montréal, le Montreal Museum of Archaelogy, la Basilique Notre-Dame,… Avec beaucoup de charme, le lieu entier demeure néanmoins le repère des touristes en quête de boutiques de souvenirs hors de prix.



Nef de la Cathédrale-Basilique
A quelques centaines de mètres de là, et en remontant vers le Nord et le Boulevard René-Levesque, on peut se diriger vers le centre-ville, plus en accord avec les normes architecturales contemporaines : de grandes tours commerciales, pour beaucoup reliées au réseau souterrain. Un peu plus vers l’Ouest, on parvient à un trésor : la Basilique-Cathédrale Marie Reine du Monde. Troisième plus grande église du Québec, elle fut construite entre 1870 et 1894, sur l’ordre de l’évêque de Montréal de l’époque, Mgr Bourget, qui voulait  reproduire un réplique réduite de la basilique Saint-Pierre de Rome : la façade, le dôme et le décor intérieur doré et resplendissant sont ainsi grandement inspirés de l’église vaticane. L’une des spécificités de cette cathédrale réside en son environnement. Elle est en effet entourée de hautes tours : la Tour CIBC, l’imposant Hôtel Marriott, le building Place du Canada,… Et en face se dresse le sublime Edifice Sun Life, terminé en 1933 pour la célèbre compagnie d’assurances canadienne. Le splendide immeuble, rappelant certains bâtiments new-yorkais réputés, est composé en gradins et surplombés par de lourdes colonnes corinthiennes. Il est connu pour avoir notamment abrité les joyaux de la couronne britanniques en 1940. Et pour y ajouter une touche de charme, tous les jours à 17h, pour accompagner la fin des journées de travail, un magnifique carillon de 671 cloches se met à jouer des mélodies enchanteresses une demi-heure durant. Je reconnais au départ le God Save the Queen, puis l’hymne canadien, Ô Canada et l’Hymne à la Joie. Suivent ensuite des mélodies inconnues de moi. Il s’agirait, selon les passants et concierges de l’immeuble, des slogans des entreprises présents dans l’édifice, dont quelques uns qui ont fait l’histoire de la Sun Life. Et lorsque les carillons prennent la relève des bruits de voitures et de klaxons, le temps semble comme s’arrêter. Il est vrai que c’est tout de même bien plus romantique que de signaler un horaire par un carillon plutôt que par une sonnerie de réveil ou d’école !
Edifice Sun Life
























6 juin 2011

Visiting Montréal for the first time



Bd Saint-Laurent
Le boulevard Saint-Laurent
Le soir de mon arrivée, pour m’adapter aux cinq heures de décalage horaire, je me force à veiller jusqu’à 1h du matin. Heureusement, j’ai du temps à rattraper avec Félix, et les heures passent sans forcer, au rythme d’un bon match de hockey malheureusement perdu par les « Canadiens » (Montréal 2-4 Washington, tabernac !) et de quelques bières Molson Dry. Une chambre étant libre, en attendant l’arrivée du troisième colocataire dans quelques jours, je peux donc passer une bonne nuit tranquille. Le lendemain matin, je me décide à aller affronter cette grande métropole, seul contre tous. La pluie légère et la température avoisinant les 2°C, je prévois quelques couches de vêtements, enfile mes grosses chaussures de marche, mets mon bonnet noir, et tel un vrai québécois m’engouffre dans la ville. J’emprunte le boulevard Saint-Laurent, en direction du fleuve du même nom et du vieux port. A propos du boulevard Saint-Laurent, il sépare la ville en deux, tant et si bien qu’une rue qui la traverserait serait divisée en une partie ouest et une est. Et les n° partent de ce boulevard. On a ainsi le 5001 rue de Maisonneuve ouest, qui est situé à 2 kilomètres du 5001 rue de Maisonneuve est (en fait, c’est plutôt Nord-Est VS Sud-Ouest, mais bon je ne dirais rien, je ne suis pas chez moi.) Quand on est habitué, on pense ainsi toujours à regarder si la destination est Ouest ou Est. Mais quand on ne l’est pas, c’est à vous faire perdre un temps fou et à vous dire « ah c’est ouest ! P****N je suis trop c** !) Je sais de quoi je parle. Pour en revenir à nos caribous, je descends donc le Bd Saint-Laurent vers le sud. Cette partie là est assez américanisée, avec de gros blocs d’immeubles, néanmoins seulement de 3 ou 4 étages, qui alternent avec des vieilles bâtisses victoriennes rappelant l’Irlande, et de temps en temps de hautes tours commerciales, et ponctués de très nombreux bars, restaurants ou boutiques en tout genre. La neige a en grande partie fondue, n’ayant pas eu de chutes de neige depuis plus de 2 semaines. Ici et là néanmoins, jonchent des tas de neige, pour ne pas dire des collines, et mieux vaut ne pas céder à la curiosité de voir si on s’enfonce ou pas, car la réponse est bien évidemment oui !
On aime le concept du bar

Sur les coups de 14h, je m’arrête pour déjeuner dans un fast-food indépendant et demande au gérant : 
   - "que me conseillez-vous ?
   - Prenez-donc une poutine, me répond-il.
   - Une ? Pardon ? Une raspoutine ?
   - Une poutine ! C’est Montréal, ça ! Vous allez voir, c’est excellent !
   - Allez ! Va pour une poutine, alors !"
Une bonne poutine ! 

Il me sert alors un plat constitué d’une généreuse portion de frites et de fromage en grains de cheddar frais, recouverte d’une bonne dose de sauce barbecue chaude. Le tout est agrémenté d’un hot-dog aux oignons crûs. C’est vrai que ce n’est pas mauvais, et ça nourrit son homme ! Bien consistant, je me force mais échoue à finir. Je pense que c’est le genre de plat préféré des québécois lorsqu’ils rentrent chez eux dans la nuit, après une célébration quelconque. Mais ce n’est pas tout à fait mon cas, et je décide de nourrir la poubelle. En sortant, je tourne sur la rue Sainte-Catherine, côté Est. Longue de 10 km, c’est la plus importante rue commerciale de Montréal, et elle est connue pour avoir la plus forte concentration de magasins au Canada. Ainsi, on trouve non seulement des boutiques ayant pignon sur rue, mais également des centres commerciaux tous les 100 mètres. De nombreuses boutiques de mode, des restaurants, dont une filiale de l’enseigne "Les 3 Brasseurs", mon quartier général durant un temps lorsque je vivais à Lille, des opérateurs mobiles,… N’ayant pour le moment besoin de rien, envie de toi, je ne traîne que quelques heures dans les magasins.

Maisons victoriennes
Continuant mon périple vers le vieux port, et passée la majorité des magasins, je traverse le village gay (enfin je crois, au regard des nombreux drapeaux arc-en-ciel qui décorent les devantures des bars et restaurants.) Puis je continue, me délectant des charmantes petites maisons victoriennes ocre ou grises, divisés en plusieurs appartements et les escaliers métalliques tournant au-dehors.

Arrivé sur les rives du Saint-Laurent, là où la route s’arrête et où le vent cogne, je m’arrête dans un petit parc, cette fois-ci entièrement recouvert de neige, et je m’attarde sur l’oscillation irrégulière des eaux du Saint-Laurent, pas très large en cet endroit du Canada. Cherchant du regard un banc, j’aperçois ce que je pense être des barres de bois déposées tous les 5 mètres. M’approchant, je constate alors que ce sont le haut des dossiers des bancs convoités, ensevelis sous la neige. La pause sera pour plus tard…
Vue sur le Saint-Laurent


L’après-midi touche à sa fin, et je me décide à faire au moins quelque chose de constructif dans la journée : je pénètre donc une agence de la Banque Nationale du Canada, sachant que d’après mes recherches, selon de nombreux sondages et au vu de plusieurs forums Internet, c’est la mieux. Je demande à ouvrir un compte bancaire. Après une très longue minute d’attente (voire peut-être 2, j’ai failli attendre !) un jeune banquier m’accueille dans son bureau. Le rendez-vous dure une petite demi-heure, qui se mute en un véritable sketch de la part du conseiller bancaire. L’humour québécois est excellent, très fin et très… drôle, en fait. L’homme se  transforme en une publicité ambulante, et le ton qui va avec. « Ca y est vous venez d’ouvrir un cOOOOMMpte bancAAAAIIIRRE !! BRRRAVOOOO ! » On s’attend à l’entendre chanter « Pam palam pahhh ! ». Et il continue : « et voici maintenant votre toute nouvelle carte de… débIIIIIIT !!!! Elle est magnifique, n’est-ce pas ?! (Petit clin d’œil, et on voit scintiller les dents de son sourire avec un léger tintement) » Et le tout avec un certain sérieux, une explication très approfondie des conditions, des différents comptes, et des frais. Le rendez-vous terminé, en me raccompagnant vers la sortie, il me conseille de surcroît 2 ou 3 sites qui peuvent m’aider dans mes recherches d’emploi. Extrêmement sympathique, les banquiers canadiens, qui plus est dans la banque la plus importante du Canada ! C’est le genre d’évènement qui vous donne le sourire longtemps après, et que vous racontez très volontiers à
tout-va. 

Plaques d'immatriculation québécoises








26 mai 2011

Arrival - At last !

Huit heures après avoir décollé, et après avoir longé le large fleuve du Saint-Laurent sur lequel se dessinent des plaques de glace, l’avion atterrit enfin sur l’aéroport de Montréal-Trudeau (mort en 2000, Trudeau fut plusieurs fois premier ministre du Canada entre 1968 et 1984.) La température extérieure est surprenante : 5°C en plein début d’après-midi (il est 13h, heure locale), accompagnée d’un ciel purement bleu. Un bref passage par le douanier, qui m’accueille chaleureusement : « bonjour, comment ça va ?! », et on me délivre enfin le précieux sésame, ce splendide papier jaune estampillé Canada, le tant attendu permis de travail ouvert de 12 mois.




A la sortie de l’aéroport, un arrêt de la  navette Express 747 en direction de Montréal. Le soleil frappe mon visage de plein fouet, et j’hésite à retirer l’une de mes quelques couches de vêtements. Un premier bus passe, un panneau lumineux « Bus 747 :) » à l’avant et « Hors service – Désolé » à l’arrière. C’est incroyable comme ce petit détail fait la différence. En temps normal, j’aurais sûrement juré intérieurement, maudissant ces transporteurs qui passent leur temps à faire grève ! Mais là… je souris. Quelques instants plus tard, un bus en service nous prend, moi et le reste du monde. En une moitié d’heure, j’essaye déjà de m’imprégner de la ville. De prime abord, on se croirait aux Etats-Unis d’Amérique (comme insistait mon professeur d’économie en licence) : des autoroutes à l’américaine, avec ses grands panneaux verts, ses larges bandes jaunes au sol, ses imposants 4x4, pick-up ou berlines à majorité Ford,… Ensuite, je vois un peu partout des clochers verts qui se dressent, à tel point que Mark Twain disait de Montréal qu’on ne pouvait y jeter une pierre sans briser la fenêtre d’une église. Les rues, souvent à sens unique, sont larges de 3 ou 4 voies, les feux rouges des piétons montrent un décompte avant le passage  à l’orange. La navette passe

Intérieur du Centre Bell
devant le centre Bell, temple du hockey et fief des Canadiens de Montréal, la célèbre équipe de la ville, la plus importante du Canada, et actuellement 6ème de la conférence Est qui regroupe toutes les équipes de la moitié Est de l’Amérique du Nord.



La Cathédrale-Basilique de Montréal
Le bus passe ensuite devant la Cathédrale-Basilique Marie Reine du Monde, son dôme vert et ses nombreuses colonnades sur la face avant, puis par ce qui semble être le centre économique de la ville, au regard des grands buildings et sièges de sociétés. Le bus me dépose au terminus, Berri UQAM (Université du Québec A Montréal) et j’enchaîne avec un métro, direction Montmorency, arrêt Mont-Royal. Le quartier, sur le plateau Mont-Royal et au pied du Parc du même nom, est réputé pour être l’un des plus vivants de la ville. Il ne me faudra que quelques minutes de marche pour me rendre à destination. Mais Einstein et sa relativité disaient vrai : avec approximativement 37kg de bagages, le carré de ma vitesse de pointe est légèrement plus bas. Je m’essouffle tel les trolls poussant les poulies de la Porte Noire du Mordor, et il me faut faire des efforts extraordinaires pour lever la tête en direction des panneaux indiquant le nom des rues et qui semblent ne jamais donner le bon. Je ne me suis jamais senti aussi touriste de toute ma vie. Ceci dit, je n’ai pas d’appareil photo visible, donc sur un malentendu, on pourrait me prendre pour un local qui revient de vacances. Mais bien sûr ! Et la marmotte…

Rue Saint-Urbain

Après ce parcours du combattant, j’arrive enfin au 4612 rue Saint-Urbain, chez mon ami Félix. Je connais celui-ci depuis la classe préparatoire il y a 6 ou 7 ans. A Montréal depuis plus d’un an et demi et trompettiste dans l’âme, il travaille aujourd’hui pour un label musical indépendant, Indica Records, et effectue en parallèle des missions de consultant en Web. Lui et Nicolas, son colocataire québécois étudiant en sociologie, acceptent de m’accueillir chez eux le temps de 2 ou 3 nuits. Lorsque je frappe à la porte, Félix m’accueille à bras ouverts, un grand sourire aux lèvres : « Welcome ! C’est bon de te voir ! »








Renaud TEILLARD



9 mai 2011

Day 1 : Paris-Montréal

Nous sommes au petit matin du mardi 15 mars 2011 et mon réveil m’extirpe de mon sommeil. Il est 4h15. La veille au soir, j’ai bouclé avec difficulté mes valises, en passant des 40 aux 23 kilogrammes autorisés par la compagnie aérienne.  Après quelques tartines, un bol de chocolat et une douche, me voilà parti vers l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, ma mère m’accompagnant en voiture. Dans la nuit, peu de voitures se croisent, paris est encore endormi. Arrivé au terminal T3, j’enregistre mes bagages en quelques minutes seulement, dans ce hall glauque et désert. Après avoir transvasé les 2Kg en trop depuis mes bagages de soute vers mon sac de cabine, partagé un petit-déjeuner avec ma mère, remercié puis fait mes adieux, je pénètre la porte A06, symbole du début de cette aventure canadienne qui durera une année.


The Duty Free Shop


Le vol étant annoncé avec du retard, il me reste 3h à attendre l’embarquement. Direction le Duty Free Shop, l’ultime avantage d’un départ vers un autre continent que l’Europe, où plus on achète hors taxes, plus on croit, ô douce illusion, rentabiliser son billet d’avion. Me voilà donc assis dans la salle d’attente, où là encore on me berce d’artifices : de larges télévisions plasma à écran plat HDTV et Dolby Digital, où la chaîne AEO des aéroports de Paris passe en boucle les informations en collaboration avec LCI, le tout sans son ; là, le jeu consiste à lire sur les lèvres. Pas évident… Dans un coin, je vois 2 TV connectées à 2 consoles de jeu Playstation 3, avec en démonstration un jeu de Rallye Auto, et cette fois-ci sans manettes ; plus loin, 2 fauteuils massant à 2€ le massage de 5 minutes. Je tourne la tête et je vois côte à côte 3 affiches pour des parfums de marques différentes, où l’originalité des publicitaires va si loin que le visage des mannequins est la seule différence entre les 3 : les femmes adoptent la même posture, de ¾, dos nu, en nous montrant leur magnifique et authentique profil  droit retouché par des professionnels du graphisme, inclinant légèrement la tête vers le bas, les lèvres entrouvertes, et plongeant leur regard profond dans le nôtre. Entre les affiches, des panneaux affichent « Buy Paris ».  Dépensez votre argent pendant qu’il est encore temps ! Encore une illusion : « achetez Paris » ! Je pense que je vais acheter Londres, Tokyo et New-York, aussi, ça serait bien.


Une jeune femme employée par la société Test me tend un questionnaire sur mon voyage : qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Où allez-vous ? Que de questions métaphysiques ; c’est trop pour mon esprit à moitié encore endormi. Je vois d’ailleurs que je ne suis pas le seul dans cet état lymphatique : autour de moi, à part les groupes de vacanciers excités, les gens dorment, somnolent ou zonent en faisant les cent pas. En face de moi, un jeune d’environ 17 ou 18 ans est à moitié allongé sur 2 sièges, et son réveil se met à sonner. Vingt minutes durant, avec ses écouteurs sur les oreilles, il semble ne pas être dérangé. Mais moi, que ça m’agace, cette sonnerie ! Nin-nin, nin-nin, nin ! Ah, il se réveille enfin… Ca a l’air difficile. Il pousse un grand soupir, yeux-mi-clos, ouvre plusieurs fois ses lèvres pour humidifier sa bouche que je devine pâteuse, sort son portable de sa poche et éteint la sonnerie infernale. Merci ! Mes yeux parcourent la salle, et je devine qu’il n’y a que des passagers pour le Canada, en voyant qu’ils ont tous prévu d’enfiler de grosses bottes ou chaussures en prévision de la neige à destination. Une voix se fait entendre dans le haut-parleur : « les passagers du vol TS111 à destination de Montréal sont priés de se rendre à la porte 6 pour un embarquement immédiat. » Yes, I’m here ! I’m comming ! Les gens se réveillent lentement, et je me retiens de ne pas rire de leur tête groggy, s’étirant l’œil vitreux et le regard vide, motivés par la seule envie de rejoindre leur siège dans l’avion et de continuer leur nuit.

A310   VS   Concorde

Après un dernier contrôle aux frontières (ce ne sera jamais que le septième), je m’engouffre dans la navette qui roule sur le tarmac, jusqu'à l’Airbus A310 de la compagnie Air Transat, qui malgré son nom m’emmènera vers le froid, et qui fait face à un Concorde de décoration artificiellement élevé dans les airs, semblant se diriger tout droit vers un hôtel, ce qui n’est pas pour me rassurer…  Une fois installé, l’avion décolle sans encombre. L’hôtesse me propose alors un rafraîchissement. « Un jus de tomates, s’il vous plaît », lui demande-je. « Awk Tsail et Pwo ? » me demande-t-elle. Pardon ? Avk sel et pwovr ? Ah, oui, je veux bien du sel et du poivre. Il me faudra vraiment m’habituer au parler québécois ! Sirotant ma boisson, je jette un œil dehors et regrette alors de ne pas avoir la place près du hublot. Celle-ci est occupée par mon voisin de gauche. Je pense lui demander d'échanger nos places. Je jette un coup d’œil vers lui. Ce dernier est un grand gaillard d’1m95 environ, patibulaire et hagard, et qui n’a pas l’air ravi de voyager. Il a sur ses genoux un livre intitulé « Comment emprunter le chemin de la non-violence » Il croit m’impressionner ? Même pas peur ! Bon, me dis-je, on va quand même la jouer relax… « Prenez l’accoudoir, si vous voulez, je n’en ai pas besoin. »








Renaud TEILLARD